Énergie : À la recaherche de pétroles «exotiques»

Avec un baril de pétrole à 100 dollars, la recherche de nouveaux gisements toujours plus difficiles d’accès avec un brut toujours plus coûteux à raffiner devient rentable, ce qui devrait, sinon faire baisser les prix, du moins limiter les risques de pénurie.
«La hausse des prix pétroliers fait que les gens qui cherchent du brut ont plus de possibilités», fait remarquer cette semaine le délégué général de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) Jean-Louis Schilansky, ajoutant que les compagnies pétrolières avaient «considérablement augmenté leurs budgets d’exploration-prospection».
Selon Yves Matthieu, ingénieur de l’Institut français du pétrole (IFP), les gisements de pétrole «exotiques», en mer profonde ou lourds et difficiles à raffiner, coûtent 40 à 50 dollars le baril à extraire. A 100 dollars le baril, «il n’y a plus de barrières de prix», ajoute-t-il. Le «off-shore» est ainsi amené à se développer dans le golfe du Mexique, au large du Gabon, du Nigeria, de l’Angola, ou du Brésil. Ce pays a découvert fin 2007 dans le gisement de Tupi des réserves de 5 à 8 milliards de barils, et identifié une zone de 800 kilomètres, située à 250 km des côtes et environ huit mille mètres de profondeur, qui pourrait aussi receler de très importantes réserves. Les sables bitumineux du Canada ou le pétrole extra-lourd de la région de l’Orénoque au Venezuela représentent aussi un formidable potentiel d’hydrocarbures.
Mélange de sable, d’argile minérale et d’eau, les sables bitumineux constituent la plus importante réserve prouvée d’or noir de la planète derrière les gisements d’Arabie Saoudite.
D’après Yves Matthieu, «300 milliards de barils pourraient en être extraits, soit 10 ans de consommation mondiale». De son côté, le Venezuela produit «700.000 barils par jour de pétroles lourds (auxquels il faut ajouter des solvants), et compte monter à 1,5 million de barils par jour (mb/j) en 2015», précise M. Matthieu. Au sein même de l’Opep, des pays qui ont vécu des guerres ou embargos comme l’Irak ou la Libye souffrent de sous-investissement et pourraient receler de ressources inexplorées, remarque Francis Perrin, de la revue Pétrole et Gaz arabes. Les experts citent aussi l’Arctique, l’Alaska, la Sibérie ou la mer Caspienne comme autres eldorados potentiels des chercheurs d’or noir. Mais, outre leur coût, les gisements de pétroles non-conventionnels posent de nombreuses difficultés d’exploitation et d’acheminement. Ils sont très polluants, nécessitent de grandes quantités d’eau et de chaleur pour être liquéfiés, ce qui peut nécessiter de construire les barrages ou centrales nucléaires, fait remarquer M. Matthieu. «Il faut des milliards de dollars pour transformer ces ressources en capacités de production. Est-ce que les investissements vont être faits à temps pour répondre à la demande?», s’interroge Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Université Paris-Dauphine. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) table en effet sur une hausse de la demande mondiale à 116 mb/j en 2030, contre 87,6 cette année, tirée par des géants émergents comme la Chine. Par ailleurs, le nationalisme énergétique de pays comme la Russie ou le Venezuela, qui limitent la présence des grandes compagnies pétrolières sur leur territoire pour contrôler leur ressource, risque de ralentir les investissements. Loin d’entraîner une suroffre qui calmerait les prix, la production de pétroles non conventionnels devrait tout au plus amortir la hausse de la demande, juge M. Matthieu, qui rappelle que l’époque du pétrole bon marché et abondant est révolue. Mais «à 100 dollars le baril de 160 litres, ça ne fait que 62 centimes par litre!» relativise-t-il.

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