Le culte de l’acquis

ALM : Avec seulement 200 entreprises certifiées, le bilan de la certification n’est guère brillant ?
Réda Idir : On est arrivé au bout d’une période de 6 ans de développement de la qualité au Maroc. Face à l’absence de données sur ce secteur, nous avons décidé d’établir ce bilan pour mesurer de manière précise où en est le Maroc. Pour cela, il fallait comparer avec d’autres pays et faire une enquête sur place, chercher le nombre des entreprises certifiées, celles qui en ont bénéficié et en quoi, les cabinets qui existent sur le marché… On a attaqué le bilan sur quatre fronts : l’entreprise, les cabinets conseils, des organismes de certification et les qualiticiens. Le premier résultat est clair : nous sommes en retard, en comparaison avec la Tunisie, l’Afrique du Sud ou l’Egypte. Avec 200 entreprises certifiées au Maroc, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir.
Ce fait est dû à plusieurs facteurs. La première en est une logique de « coquille ». Les entreprises marocaines ont, pendant longtemps, développé des coquilles qui les protégeaient de l’environnement extérieur. La démarche qualité n’avait pas lieu d’être dans la mesure où l’intérêt de la qualité n’était pas apparent. Des consommateurs peu exigeants, protectionnisme, absence de compétitivité…A cela, s’ajoute la gestion interne de l’entreprise marocaine. Une gestion familiale qui va au feeling ne permettant pas le passage aux nouveaux modes de management.

Comment expliquez-vous que seules les grandes entreprises et les industries de chimie et de parachimie soient certifiées ?
La réaction de l’entreprise par rapport à la qualité se fait en fonction de sa taille, sa maturité et de sa criticité. C’est normal que ce soient les grandes entreprises qui réagissent au premier lieu. Il en va de même pour la chimie et la parachimie, des produits « dangereux » et dont l’absence de matières nuisibles, voire nocives, pour le consommateur doit être garantie.

Votre étude des fonds étrangers d’aide et de développement montre que ces fonds profitent uniquement aux concitoyens du pays émetteur. Pourquoi ?
La mauvaise habitude qu’on a prise au Maroc, c’est de ne pas penser à instaurer des notions de développement durable et endogène. Quand on veut mettre en place un mécanisme de financement pour aider au développement d’un secteur, on compte toujours sur d’autres pays pour les faire aboutir. L’expérience marocaine en matière de fonds étrangers, tous secteurs confondus, a toujours été des mi-échecs. A la fin des fonds, tout s’arrête. Il en va de même dans les démarches qualité. On met en place une démarché qualité, mais dès épuisement du fonds, on reprend à la case de départ. Les critiques formulées à l’égard de ces fonds tiennent de cette réalité. Ils n’apportent pas le développement endogène et durable que l’Etat marocain aurait pu apporter via un conseil et suivi de longue durée et qui ne s’arrête pas à la phase de certification.

Votre enquête met également l’accent sur la rentabilité de la démarche qualité d’un côté et sur l’hésitation des entreprises. Comment expliquez-vous cet état de fait ?
Lorsque nous avons mené notre enquête, c’était justement pour promouvoir la qualité en tant que facteur de développement d’une activité donnée. Les réponses favorables que nous avons recueillies auprès des entreprises certifiées nous ont réconforté. Mais face à l’absence de moyens et outils de mesure de cette rentabilité, les entreprises hésitent encore. D’autant qu’il y a un autre facteur d’ordre psychologique et qui est la peur du changement. Les entrepreneurs traditionnels se demandent toujours : « Pourquoi prendre le risque de tout changer alors que tout va bien », « Je gagne peu, mais au moins je sais ce que je fais… ». C’est principalement la crainte du changement qui bloque les  entrepreneurs marocains dans la mise en place de normes de qualité. Ceci, sachant que la certification nécessite une préparation et une mise en œuvre à moyen terme.

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