Le marché : Langue de bois

Le fait qu’un opérateur défend les intérêts de sa profession pour atténuer les retombées d’un scandale mondial au niveau national est légitime. Mais quand cette démarche, tardive par ailleurs, ne s’appuie pas sur un argumentaire solide, celle-ci a plus l’air d’une communication valorisant sa structure que d’une tentative pour redorer le blason d’une activité génératrice de profits.
Voilà comment on peut qualifier les propos d’un haut responsable de l’antenne marocaine d’un grand cabinet mondial d’audit diffusés sur les colonnes d’un quotidien.
Ce manager annonce d’emblée la couleur. Il remet en cause le constat selon lequel, les big-five ne sont pas en mesure de contrôler les grands groupes mondiaux. On ne peut pas s’empêcher d’affirmer le contraire, si l’on en juge par l’implication manifeste d’Arthur Andersen dans la faillite de son client Enron, le géant mondial du courtage en énergie. Notre associé-fondateur avance que si ces cabinets ont atteint une réputation sur le plan mondial c’est parce qu’ils disposent d’une structure, d’une taille, d’un effectif, d’expérience et de spécialistes, qui leur permettent d’être sollicités.
Et d’ajouter qu’ils sont les seules structures ayant l’expérience internationale requise pour garantir la qualité de certification des comptes des groupes internationaux qui est complexe et fait appel à des spécialistes extérieurs.
Une leçon magistrale de langue de bois. Mais cela n’est pas peut être le plus grave. Ce qui est regrettable, c’est quand ce responsable use d’un argumentaire qui ne tient pas la route pour remettre en cause les accusations à l’encontre des cabinets d’audit, selon lesquelles, l’audit est utilisé comme produit d’appel pour d’autres prestations. Il estime que le débat sur l’indépendance des commissaires aux comptes ne concerne pas uniquement le Maroc mais les autres pays. Selon lui, cette question concerne aussi bien les grandes que les petits cabinets.
Il conclut en disant qu’au sein de son cabinet comme c’est le cas pour les autres antennes marocaines des groupes mondiaux d’audit, l’application des règles d’indépendance et d’incompatibilité prévues par la législation marocaine est de mise. Faut-il se fier à ses propos ? La pratique nous a démontré que le respect de ces règles n’est pas aussi simple que cela. L’indépendance des cabinets d’audit est loin d’être acquise. Les affinités entre les dirigeants d’entreprises et les auditeurs n’est plus un secret pour personne.

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