Prix : des hausses inquiétantes

Qui est derrière la hausse subite des prix des produits de grandes consommations? Autant la réponse pour les légumes est d’ordre conjoncturel, autant pour le reste, pain en tête, l’indécision doublée d’une réactivité lente des autorités compétentes y sont pour une grande part. Ainsi, les cours du marché des légumes enregistrent, d’une manière générale, une tendance assez prononcée à la hausse. « La pomme de terre a progressé par rapport au mois précédent de 38%, la tomate de 30 % et les oignons de 6% », relèvent les analystes du Crédit Agricole du Maroc dans leur bulletin du mois de septembre. La hausse est aussi forte par rapport à l’année dernière puisque les progressions ont varié de +14 % pour les pommes de terre à +76 % pour les tomates. Les raisons de cette hausse sont à trouver dans la baisse de l’offre en conséquence des fortes chaleurs de juin, juillet et août, ce qui a beaucoup perturbé le cycle de production des légumes les plus fragiles. Ensuite, la baisse de la superficie cultivée en irriguée habituellement réservée aux légumes au profit des autres cultures pluviales, vu l’abondance des pluies en est une autre cause. Enfin, la hausse de la consommation qui est la conséquence de l’afflux des RME et de la progression relative des pouvoirs d’achat des consommateurs (hausse des salaires pour une large catégorie de fonctionnaires et amélioration des revenus des paysans suite à une bonne campagne agricole dans l’ensemble). «Tous les légumes confondus ont été brûlés par la canicule, entraînant ainsi d’importants dégâts pour de nombreux producteurs », estimait le Président de la commission de commercialisation de l’APEFEL(Association des Producteurs-exportateurs des Fruits et Légumes). Donc, la cause de la hausse des prix est attribuée à la vague de chaleur qui a marqué les mois de juillet et août. Par opposition à la tendance observée au niveau des légumes, le marché des fruits s’inscrit plutôt dans une tendance baissière modérée. Il s’agit d’une baisse de 25 % pour les oranges et de 15 % pour les pommes et de 10 % pour les bananes. « Par rapport à l’année dernière, la même tendance a été observée pour l’ensemble des fruits – échantillons. Celle-ci a été beaucoup plus prononcée pour les pommes dont les cours ont régressé de 63 % ; suivies par les oranges (-44 %). Les bananes viennent en troisième position avec une baisse de 29% », précisent les analystes Pour la pomme, cette chute des prix s’explique par l’arrivée sur le marché de la récolte des zones montagneuses (Moyen Atlas) qui s’annonce relativement bonne pour cette année. Sur les derniers mois, l’approvisionnement du marché était assuré par les variétés d’été, les stocks des chambres froides et les importations. Signalons que les prix des pommes importées sont élevés et avaient tiré le cours moyen vers le haut. Concernant le pain, le cafouillage autour de la hausse des prix persiste. Normalement, la hausse devait entrer en vigueur mardi 14 octobre. Ce prix devait subir à une augmentation variant généralement entre 10 et 50 centimes. Une décision gouvernementale est attendue afin de statuer définitivement sur le dossier. À la veille du mois de Ramadan, les doléances des opérateurs de la filière céréalière, minotiers en tête, se font des plus pressentes. Ils tirent la sonnette d’alarme au sujet d’une pénurie éventuelle. Mais, les intérêts divergents, en plus des avantages relatifs notamment aux primes de stockages, biaisent la donne. La transparence n’est pas encore de mise ! En bon élève de la Banque Mondiale qu’il est, le Maroc se doit de mener à terme son processus d’ajustement structurel entamé depuis1986. Le volet agricole du PAS exige, en général, la suppression des subventions à la production et à la consommation pour mettre fin aux distorsions de prix. Si nécessaires, et dans des conditions bien définies, les effets négatifs des suppressions peuvent être tempérés, en prenant une série de mesures ciblées. Le Maroc avait donné son accord pour modifier le régime des subventions (et certaines furent rapidement éliminées, mais la suppression des subventions aux produits de grande consommation (sucre, blés, huiles de graines) posait un problème de progressivité et d’opportunité. En effet, ces suppressions auraient significativement réduit le pouvoir d’achat des couches modestes de la population, en même tant que ces produits étaient largement importés pour satisfaire la demande nationale, à des prix inférieurs aux prix nationaux, ouvrant donc la possibilité de prélever une compensation. L’accroissement prévu de la productivité sur la filière permettrait un rapprochement des conditions de l’échange international à terme. Rendu prudent par les émeutes de la faim du début des années 80, provoquées par le fort renchérissement des produits à base de blé, le gouvernement privilégie partout la progressivité, mais sans jamais remettre en cause l’objectif d’assainissement économique. Par contre, la cadence est réellement lente !

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