Très chères équilibres

Très chères équilibres

ALM : Qu’est-ce qui explique l’état des prévisions alarmantes de la CIMR ?
Khalid Cheddadi : Je crois qu’il y a un grand malentendu sur ce point. Le dossier que nous avons communiqué à la Commission technique de réforme du système des retraites au Maroc, et qui a fait l’objet d’un article dans Aujourd’hui le Maroc du 2 septembre, sous le titre « Retraites: les scénarios d’une faillite annoncée», comportait une note de présentation de la réforme 2003 de la CIMR. Cette note faisait état de la situation financière de la caisse avant la réforme, qui était effectivement alarmante, puisqu’en l’absence de cette réforme, la CIMR aurait connu des difficultés à partir de 2012. Aujourd’hui, grâce à l’adoption de l’importante réforme 2003, les équilibres financiers et actuariels du régime ont été rétablis.
Dans quelle mesure cette réforme pourrait modifier l’ordre des choses ?
La réforme adoptée en 2003 rétablit l’équilibre actuariel de la CIMR à moyen terme, introduit un mécanisme de pilotage permanent du régime et innove en matière de gestion des ressources financières. Sa mise en oeuvre a permis le rétablissement des équilibres financiers à long terme, grâce notamment à la révision des paramètres techniques du régime en vue de sa pérennisation. Des mesures importantes ont été introduites telles que la reprise en gestion directe par la CIMR, à compter du 1er janvier 2003, des cotisations salariales. La réussite de cette réforme est également à mettre au crédit des employeurs qui y ont participé à travers la contribution supplémentaire non génératrice de droits, mise en place sur une période de 5 ans à partir de 2003.
Est-ce que cette réforme touche aux avantages des affiliés ?
Il faut signaler que la réforme n’a pas remis en cause les avantages gratuits, dont continueront à bénéficier les affiliés, à savoir, la réversion de la pension au profit du conjoint survivant et des orphelins, l’attribution de points gratuits en cas de longue maladie ou d’invalidité, le mois de pension supplémentaire à la sortie en retraite et le trimestre de secours au décès de l’affilié. Les simulations actuarielles réalisées suite à l’adoption de la réforme 2003, montrent une amélioration spectaculaire de sa situation financière, qui se manifeste à travers l’évolution de sa réserve de prévoyance. Ainsi, les critères de pérennité adoptés dans la charte de pilotage sont dorénavant respectés.
Pouvez-vous détailler ces simulations ?
Sur la période de simulation de 40 ans (2003-2043), la réserve de prévoyance sera toujours positive. Ce qui veut dire que la caisse sera toujours en mesure de faire face à tous ses engagements. Bien plus, à l’issue de cette période, cette réserve aura une tendance croissante. De même, les études de sensibilité menées sur le taux de progression du nombre des actifs cotisants, ont clairement démontré que la réforme réalisée en 2003 a atteint ses objectifs d’équilibre des paramètres et qu’un élargissement de son périmètre, notamment à travers sa généralisation aux salariés du secteur privé, la rendrait florissante et supprimerait définitivement tous risques la concernant.
Donc, vous concluez à la durabilité du régime ?
Parallèlement à cette réforme paramétrique, la CIMR a mis en place un système de pilotage permanent, qui à travers des études et des simulations actuarielles, lui permet de surveiller régulièrement la bonne santé du régime. Mais si aujourd’hui les résultats de cette réforme rassurent sur la pérennité du régime, la CIMR doit encore faire face à des défis de taille, essentiellement liés à la réforme structurelle du système de retraite des salariés du secteur privé et au caractère facultatif du régime.
Comment comptez-vous élargir l’assiette de la caisse pour avoir plus de cotisants ?
Tout d’abord par l’action commerciale et par la communication, pour faire connaître le régime auprès de sa clientèle cible. Le projet d’entreprise que nous venons de boucler a d’ailleurs dégagé de nombreuses actions dans ce domaine, dont la mise en oeuvre est déjà entamée. Mais notre principal objectif reste la généralisation du régime de la CIMR à tous les salariés du secteur privé, dans le cadre d’une harmonisation des prestations avec le régime de base de la CNSS. Cet objectif répond à un besoin réel pour tous les salariés dont la rémunération dépasse le plafond CNSS (6 000 DH/mois), pour lesquels la pension de retraite sera limitée au maximum à 4 200 DH/mois, s’ils n’ont pas cotisé au régime CIMR. Cette généralisation est d’ailleurs au menu de la Commission technique qui devra s’y pencher.
Quel est le statut juridique optimal de la Caisse ?
La redéfinition du statut de la Caisse est une question importante qui est liée à la refondation de la CIMR, dans le cadre des travaux de réforme du système de retraite au Maroc, entamés par la Commission nationale et la Commission technique. Ce statut sera défini le moment venu en fonction des décisions qui seront prises par ailleurs, sur la réforme du régime.
La CIMR présente la particularité d’être le seul régime de retraite non imposable au Maroc. Comment expliquez-vous cette spécificité ?
La CIMR, à l’instar des autres caisses de retraites, bénéficie d’une exonération d’impôts, qui profite à ses affiliés. C’est un avantage consenti par les pouvoirs publics aux salariés pour leur permettre de constituer une retraite conséquente auprès de la CIMR.
Il s’agit là d’un avantage incontestable de notre régime par rapport aux produits de retraite commercialisés par les compagnies d’assurances et les banques.

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