Umberto Lucchesi Palli : «L’Italie soutient fortement la coopération entre le Maroc et l’UE»


ALM : Le gouvernement italien vient d’octroyer une aide substantielle au Maroc. Dans quel cadre s’inscrit cette initiative ? Et quels sont ses objectifs?
Umberto Lucchesi Palli : Il s’agit d’une aide octroyée dans le cadre de la coopération au développement. Au cours de l’année 2007, huit nouvelles initiatives de coopération maroco- italienne ont été approuvées et financées sous forme de don par le gouvernement italien, pour un montant d’environ 7 millions d’euros. Les huit initiatives démarreront en 2008. Elles s’ajoutent à une trentaine d’autres déjà en cours de réalisation, toujours dans le cadre de la coopération au développement, pour un engagement total, dans la période 2005-2007, d’environ 210 millions d’euros.

Que représente pour vous l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) ?
Toutes les nouvelles initiatives de coopération au développement sont étroitement liées à la lutte contre la pauvreté, dans l’esprit de l’INDH. La lutte contre la pauvreté est actuellement le principal enjeu stratégique de la coopération maroco-italienne au développement. L’INDH représente donc notre cadre inspirateur. Toutes les initiatives sont menées en collaboration et en accord avec les autorités marocaines. En parallèle, un intérêt particulier est dirigé vers deux thèmes : la migration et le co-développement.

Le niveau de coopération entre le Maroc et l’Italie est-il à la hauteur de vos attentes ?
Oui, même si on envisage de faire encore plus dans le domaine de la coopération au développement, à travers des initiatives futures qui s’ajouteront aux initiatives existantes dans les prochaines années. La coopération italienne au Maroc, en accord avec la direction générale pour la coopération au développement du ministère des Affaires étrangères et avec la participation d’autres ministères concernés, a récemment entamé une réflexion pour identifier les lignes d’action sur lesquelles il faudra se pencher dans le domaine des migrations et du co-développement.
L’identification des lignes d’action futures a été guidée surtout par la volonté de valoriser les nombreuses initiatives déjà entamées par les différents acteurs italiens impliqués sur le thème des migrations. Il s’agit de projets pour la plupart déjà réalisés en partenariat avec de nombreux acteurs : les ONG, les organismes de formation, les associations, les services sociaux.
Parmi les domaines de coopération les plus intéressants, il faut mentionner la valorisation de la politique de migration à travers la définition de programmes de microcrédit, le soutien à la formation professionnelle, la prévention de la migration clandestine et le soutien aux mineurs qui se trouvent dans des situations à risque. La signature d’un nouvel «accord-cadre» de coopération au développement avec les autorités marocaines est en cours de négociation et il sera la base pour un accroissement ultérieur de notre engagement. De plus, la coopération maroco-italienne est bien développée même au niveau commercial et culturel.

Que faut-il faire pour renforcer le partenariat maroco-italien ?
L’amitié entre le Maroc et l’Italie est profonde et ancienne. Le niveau de partenariat est déjà très satisfaisant, même au-delà de la coopération au développement, qui date depuis 1961. Nous avons des liens amicaux et culturels très anciens avec le Maroc. L’Italie ne veut pas se confronter avec des traditions commerciales et d’investissement déjà consolidées, mais vise plutôt à profiter des similarités entre les deux pays pour jouer un rôle positif dans le processus de développement du Maroc, aussi bien en termes socio-économiques et industriels, qu’en termes de coopération au développement.
Au niveau commercial, en 2006 le montant total des échanges a atteint 1,6 milliard d’euros. Nous sommes le quatrième «client» du Royaume (4,8% du total des exportations) et le troisième fournisseur du Maroc    (6,4% du total des importations). En outre, il ne faut pas oublier que les Marocains représentent aujourd’hui la deuxième communauté étrangère, dans notre pays, après la Roumanie. C’est pourquoi notre souhait est que le niveau de collaboration et de coopération, déjà très positif, puisse augmenter davantage au cours des prochaines années. 

La destination Maroc intéresse-t-elle les investisseurs italiens ? Quels sont les obstacles que vous pourriez relever à ce niveau ?
Les investisseurs italiens sont présents au Maroc dans tous les secteurs et plus particulièrement dans le tourisme et le textile ainsi que dans la réalisation des infrastructures. Sur le plan des échanges commerciaux, les relations entre l’Italie et le Maroc vivent une phase de nouvel essor. Durant la période janvier -septembre 2006, les exportations italiennes au Maroc ont augmenté de 21,6%, tandis que les importations ont fluctué de 15,6%. Par contre, les investissements ne sont pas à la hauteur des échanges commerciaux. Ceci découle du fait que le secteur productif italien se caractérise traditionnellement par une forte présence de PME, qui  n’ont pas une capacité financière élevée et sont par conséquent plus réticentes à s’ouvrir à l’extérieur.
Toutefois, les grands projets de développement au Maroc suscitent une attention croissante de la part de la communauté des entrepreneurs italiens. La création, par exemple, de la «zone franche» de Tanger peut représenter un facteur d’intérêt pour le futur.
Je suis convaincu que l’Italie peut jouer au Maroc un rôle de premier plan dans une logique de création de richesse, surtout face au phénomène de la mondialisation, qui représente un incontournable défi pour les entrepreneurs italiens et marocains. Il faut par conséquent encadrer les relations économiques italo-marocaines dans un contexte global.

Partenaire privilégié de l’Europe, le Royaume du Maroc revendique un statut avancé auprès de l’UE. Quelle action entreprend l’Italie pour accompagner cette revendication ?
L’Italie soutient fortement la coopération entre le Maroc et l’Union européenne et considère prioritaire le développement ultérieur de la politique européenne de voisinage (PEV), qui vise à intensifier les relations entre l’Union européenne et ses voisins dans l’Europe centrale et orientale et dans la rive Sud de la Méditerranée. Les objectifs de la PEV se basent sur un engagement mutuel en faveur de valeurs communes (démocratie et droits de l’Homme, le respect du droit, la bonne gouvernance, les principes d’économie de marché et le développement durable), pour aboutir à une relation politique et une intégration économique plus poussées. L’Italie, en tant que membre fondateur de l’Union Européenne, soutient toutes les activités de coopération entre l’UE et le Maroc dans ce cadre. Pour les années 2007-2010 la contribution aux dons de l’Union européenne pour le développement de cette politique au Maroc s’élève à 654 millions d’euros, ce qui fait du Maroc le premier pays destinataire du soutien PEV.

Quelle analyse faites-vous du processus de modernisation du Maroc ?  
Le Maroc a entamé un processus de réformes très important. L’Italie soutient les projets de modernisation du Royaume dans un esprit de partenariat et de coopération. Dans ce sens, pour l’Italie et le Maroc il s’agit de rassembler leurs similitudes et de multiplier leurs qualités, leurs capacités de travail, leurs talents, leurs créativités, qualités qui font partie des racines profondes de nos deux peuples.

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