«Une crise comme celle de 98 est exclue»

«Une crise comme celle de 98 est exclue»

ALM : Beaucoup d’analystes craignent aujourd’hui que la forte augmentation des cours enregistrée depuis janvier 2006 ne replonge la Bourse dans une crise pareille à celle de 1998. Qu’en pensez-vous ?
Amine Ben Abdesslem : Il est vrai que le marché connaît aujourd’hui une forte croissance. Certains cours ont augmenté de manière substantielle, mais dire qu’une crise semblable à celle de 1998 est probable me semble exagéré. D’abord parce que justement, la crise de 1998 à 2002 a permis au marché boursier marocain de reprendre son activité sur des fondamentaux plus solides et plus sereins, après une purge salutaire. Nous assistons donc, depuis 2003, à une croissance soutenue mais maîtrisée et pérenne. Ensuite, parce qu’au courant 2006 (en mai et juin), le marché a connu deux petites corrections mineures qui ont permis de corriger certains excès et repartir sur de bonnes bases, preuve de la sérénité des investisseurs.
Enfin, les résultats des sociétés cotées sont de très bonne facture pour 2006, et la croissance de la Bourse reflète cette bonne santé des entreprises .
 
Comment expliquez-vous cette forte ruée vers la Bourse ?
Pour les entreprises, la conjoncture économique nationale s’oriente vers la concurrence, donc vers la performance et le développement permanent de l’entreprise. Ceci nécessite des investissements de taille. Justement, la Bourse de Casablanca offre d’importants avantages de financement et il se trouve que les  chefs d’entreprises en prennent de plus en plus conscience.Ils peuvent donc lever des montants conséquents auprès du marché à des coûts attractifs, mais également  gagner en termes d’image, de transparence, de prestige et de notoriété. Cela explique la croissance des introductions en Bourse .
Pour les investisseurs, les rendements attractifs par rapport à d’autres types de placement, ainsi que le retour de la confiance dans le développement de l’économie marocaine et certainement une meilleure connaissance des mécanismes boursiers, vu les efforts de la presse et de la Bourse pour faire œuvre de pédagogie, ont produit leurs effets vis-à-vis des particuliers. Cela se conjugue à l’intérêt réel des investisseurs étrangers et à la présence massive des institutionnels marocains.

Dans quelles mesures les dernières réformes introduites par le ministère des Finances dans le marché des capitaux contribuent-elles à la sauvegarde de l’épargne ?
En effet, plusieurs réformes ont touché le marché des capitaux de façon à lui permettre de jouer un rôle plus important en matière de mobilisation de l’épargne.   Elles  visent principalement la protection des épargnants et le renforcement de la transparence et de la régulation, ce qui est très positif .

Au niveau du bilan, que faut-il retenir de l’année 2006 ?
Sans conteste, c’est l’année des introductions en Bourse et de l’explosion des volumes. A cette heure, ce sont 7 entreprises qui se sont introduites en Bourse pour porter le nombre des sociétés cotées à 60. Nous espérons ne pas nous arrêter là car d’autres introductions en Bourse sont programmées courant décembre.  Par ailleurs, à l’achèvement de notre stratégie triennale «Future 2006», le constat que nous avons effectué est globalement positif.  La cadence à raison de 4 à 5 introductions en bourse par an s’est accrue, après plusieurs exercices infructueux en 2002 et 2003, et la liquidité est maintenant soutenue, avec des volumes conséquents chaque  jour . Tout cela confère à la Bourse de Casablanca une nouvelle stature, avec une capitalisation de plus de 400 milliards DH, contre 115 milliards il y a 3 ans . Nous espérons que l’année 2006 n’est que le prélude à un développement harmonieux  à l’horizon 2010.

La suppression des carottes fiscales en question

La suppression du régime spécial de l’Impôt sur les sociétés accordée aux entreprises qui s’introduisent en Bourse est l’une des préoccupations majeures du marché.
Amine Ben Abdesslem se montre plutôt rassurant: «Il ne faut pas nier que les carottes fiscales, notamment la réduction de 25 à 50% de l’IS lors d’introduction en bourse par cession ou augmentation  de capital, ont favorisé l’engouement pour la Bourse. Mais il ne faut pas oublier que, comme je l’ai dit précédemment, la Bourse est une source de financement avantageuse indéniable».  La suppression n’aura pas de conséquences négatives sur la Bourse sur le long terme, même si, à court terme, les entreprises se poseront des questions dans les premiers mois de l’année 2007.
Les entreprises potentiellement cotables basent leur réflexion sur plusieurs paramètres, dont l’exonération, mais pas uniquement ..
Cela dit, rappelle M. Ben Abdesslem, «un amendement est toujours possible, et il serait, bien entendu, le bienvenu pour les entreprises».

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