Éditorial

Le match Sarkozy-De Villepin est un derby judiciaire dont la France aurait pu se passer. Le président français veut prolonger une victoire politique éclatante contre son rival par une condamnation judiciaire humiliante. Il n’a pas besoin de cela. Et surtout pas au niveau où il est. Selon lui, un avocat de formation, «le coupable doit être jugé». Cette expression, dans la bouche du garant de l’indépendance de la justice, le transforme immédiatement en juge et partie. La haine personnelle seule, aussi présidentielle soit-elle, n’annule pas la présomption d’innocence. Et c’est ce qui trouble dans cette affaire Clearstream. La conquête violente du pouvoir, l’ambition politique acide et l’odeur du sang des adversaires produisent un état d’exaltation tel que les contraintes de la chevalerie politique, les traits de civilisation ou l’élégance intellectuelle passent pour des erreurs fatales ou de la naïveté impardonnable. Trahisons, coups bas, basse police et forfaitures diverses. Les tenants de la déontologie passent leur chemin. A la guerre comme à la guerre. Aucun des deux protagonistes n’a été en reste. De Villepin est connu pour son pragmatisme radical. Et l’ingénuité nouvelle affichée par Sarkozy n’est pas crédible. A ce niveau de la compétition politique, il est rare que le gagnant fasse une réclamation. C’est surtout l’apanage du perdant. Et c’est là où Sarkozy choque. Sa conversion récente à une morale politique sublimée n’éclaire pas d’un jour nouveau, ou lisse, son sombre et rugueux parcours politicien.

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