Éditorial : Amalgame

Le traitement par la presse de la maladie du Roi a eu des rebondissements judiciaires sérieux. En fait un certain nombre de journaux, trois au total, s’appuyant sur le communiqué du Palais Royal— un geste de transparence inédit — ont cru devoir aller plus loin dans l’analyse, l’investigation et le commentaire. Cela relève, compte tenu de la nature exceptionnelle de l’événement — la santé du chef de l’État n’est pas un sujet banal —, de l’exercice normal de la profession sauf quand cet exercice est confronté à des données protégées par le secret médical, au droit à la vie privée, à la désinformation, à la manipulation de sources anonymes ou à la propagation de fausses informations, de rumeurs, etc. Le Code de la presse actuel, en son état, qui encadre la liberté d’expression dans notre pays et les principes déontologiques qui balisent, normalement, — même si l’on peut regretter leur faiblesse—, la pratique de ce métier, sont de nature à qualifier les pratiques saines et de bonne foi de celles qui ne le sont pas. A cet effet, une procédure judiciaire est en cours sous l’autorité du procureur général de Rabat, et probablement, la justice aura en toute sérénité, nous l’espérons, son mot à dire. Maintenant est-ce que, pour autant, les associations professionnelles légitimes et compétentes, essentiellement, au Maroc, le SNPM (Syndicat national de la presse marocaine) et la FMEJ (Fédération marocaine des éditeurs de journaux), doivent se lancer, pour le principe, dans une escalade de communiqués de défense automatique des confrères mis en cause alors que l’affaire est en instruction ou multiplier, d’une manière irresponsable, comme cela a été fait, les condamnations intempestives et immatures des journalistes incriminés alors que la justice ne s’est pas encore exprimée.
On ne peut être juge et partie, c’est contraire à l’Etat de droit. Sur le fond, et sans se cacher derrière ses oreilles, si des délits sont qualifiés, que la justice passe ! Mais avec toutes les garanties de droit nécessaires. Les professionnels de la presse au Maroc ont toujours assumé leurs responsabilités devant les tribunaux du Royaume. Ils le font tous les jours. Mais hystériser l’opinion publique contre la presse en manipulant de pseudo comités professionnels ou de fausses structures représentatives est une voie sans issue. De même, profiter de cette malheureuse, et regrettable, affaire pour installer, entre les titres de presse, l’amalgame, la confusion et mettre un avant un « Tous pourris » dédouanant est une démarche dénuée d’intelligence. Soyons clairs, la presse marocaine a un profond respect pour SM le Roi. C’est à lui qu’elle doit cette liberté nouvelle qui lui permet d’exercer son métier, en gros, convenablement. Elle a été au même titre que l’ensemble de la nation affectée par la nouvelle de sa maladie. Que certains titres aient commis des erreurs, ou des fautes, dans le traitement professionnel du sujet cela peut se concevoir. Cela relève de la justice mais sans escalade judicaire. Cela ne fait de ses titres ni des ennemis de la nation, ni de dangereux terroristes, ni des antimonarchistes. Les problèmes de la presse marocaine sont nombreux et identifiés depuis longtemps. Les solutions existent. Les projets aussi. Mais la réforme ne peut pas se faire dans le déni des partenaires représentatifs et sérieux, dans l’exclusion du secteur de la presse de l’agenda gouvernemental, ni, pour finir, dans la manipulation du secteur en opposant de fausses expériences médiatiques — créées à cet effet pour discréditer l’ensemble — contre d’authentiques projets éditoriaux qui contribuent à la vie démocratique, au demeurant réelle, de ce pays.

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