octobre 23, 2018

 

La vocation majoritaire

La vocation majoritaire

Les résultats des élections législatives, hors liste nationale, sont à présent connus. Ils donnent un bon score au PJD avec 38 sièges et place l’USFP avec 45 sièges comme premier parti politique au Maroc. La bonne progression de l’Istiqlal, qui passe de 32 à 43 sièges, le place, malgré tout, en seconde position. La troisième place du RNI avec 38 sièges, malgré des pertes prévisibles en sièges, lui permet de rester dans la course. La mouvance populaire, quant à elle, reste très présente avec 25 sièges pour le MP et 16 pour le MNP.
Ces résultats, qui consacrent des élections grosso modo transparentes et honnêtes, ne constituent pas une révolution copernicienne, à part, bien entendu, la montée en puissance du PJD, le laminage de l’UC et du MDS et l’échec électoral attendu des nouveaux partis. Pour le reste, c’est-à-dire le rapport de force USFP-Istiqlal, la présence héroïque des petits partis et le bon étiage de la mouvance populaire sous toutes ses déclinaisons et du RNI, il n’y a pas de grosses surprises.
La coalition gouvernementale s’en sort plus que bien malgré les attaques qu’elle a subies de l’intérieur du gouvernement, la passivité des partis qui la soutiennent et le persiflage permanent provenant souvent d’une nébuleuse nihiliste de gauche qui a entouré son action et son bilan.
L’action sur le terrain du PJD et la forte mobilisation de ses troupes bien encadrées ont payé devant l’éparpillement coupable des forces de la modernité et du progrès, la multiplication des partis politiques et la démission des élites et des intellectuels sceptiques.
Le PJD, au-delà des problèmes sociaux qui le propulsent, a progressé car il avait un boulevard devant lui.
Si le PJD a, comme cela peut arriver, l’exclusivité du discours d’opposition au sein de la nouvelle Chambre, ce boulevard peut naturellement s’élargir.
Maintenant, on peut constater que le noyau dur de la coalition gouvernementale précédente, à savoir l’USFP et l’Istiqlal, n’est pas sorti indemne de ces consultations. Cinq ans d’une cohabitation douloureuse dans une coalition pléthorique ont laissé des traces. Si l’on ajoute à cela la campagne parfois très dure menée par l’Istiqlal contre un gouvernement dans lequel il participait sans vouloir en assumer l’action et le bilan, la boucle est bouclée.
L’on voit mal comment ce noyau dur peut être reconduit au coeur d’une nouvelle coalition alors que, comme à son habitude, le Parti de l’Istiqlal s’apprête à contester -on en voit les signes avant coureurs- les résultats d’élections législatives qui ne l’ont pas placé naturellement, plus pour des raisons bizarrement historiques qu’objectivement électorales, au poste convoité, qui donne les clés de la primature, au premier parti du pays.
Ce constat ouvre désormais la voie pour l’USFP, qui n’est plus captif de l’Istiqlal, à d’autres dynamiques majoritaires plus larges favorisées notamment par la qualité «démocratique» de ces élections. L’option d’une coalition de centre gauche sans l’Istiqlal, plus apaisée et plus puissante, avec le RNI et la mouvance populaire semble plausible car le parti nationaliste a mis la barre tellement haut qu’il ne se voit plus participer à un gouvernement dont il ne tient pas, pour la deuxième fois, naturellement la primature. Il a décrété lui-même et solennellement la fin du consensus. Alors, on voit mal comment il peut se fourvoyer encore dans une coalition consensuelle dont il abhorre l’esprit et la philosophie.
Un parti à vocation majoritaire proclamée comme l’Istiqlal doit pouvoir se donner les moyens de sa politique en attendant des jours électoraux plus fastes qui donneraient de l’ampleur à son ambition légitime, quitte à continuer à se mettre au service de la nation dans un lieu utile qui s’appelle l’opposition. Le futur gouvernement ne peut de toutes les façons déployer toute sa force et assumer pleinement ses responsabilités que face à une opposition forte. Avec l’Istiqlal et le PJD, il sera servi.

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