Emploi : Le Québec peine encore à intégrer ses immigrants

Emploi : Le Québec peine encore à intégrer ses immigrants

C’est à Montréal que l’écart entre le taux de chômage de la population dite «native» et immigrante est le plus élevé. Et ce n’est pas parce que les immigrants qui y habitent sont moins scolarisés que l’ensemble de la population

«37% des Marocains sont tentés par le travail au Canada», c’est ce que révèle la dernière enquête de RecKrute.com, sur «la migration des talents marocains». Quand on connaît les réalités du marché de l’emploi et le taux de chômage dans les communautés immigrantes au Canada, on ne peut que dire que les prétendants marocains à l’immigration ne sont visiblement pas ou peu au fait des problèmes d’intégration économique que vivent les Marocains du Canada. Montréal où préfèrent s’installer plus de 90% des immigrants marocains est notamment marquée par ce phénomène. Le taux de chômage des immigrants détenant un diplôme étranger est estimé à près de 12,5%, alors qu’il est de près de 7% pour ceux titulaires d’un diplôme canadien. Le taux de chômage des nouveaux arrivants serait même de 27% et bien qu’ils débarquent dans le pays d’accueil bardés de diplômes. C’est de fait dans la métropole que l’écart entre le taux de chômage de la population dite «native» et immigrante est le plus élevé. Et ce n’est pas parce que les immigrants qui habitent à Montréal sont moins scolarisés que l’ensemble de la population, bien au contraire. Le taux de diplômation universitaire des immigrants montréalais était, en 2015, de 33 %, contre 24% pour ceux qui sont nés au pays, a révélé une étude de l’Institut du Québec.

De plus, quand ils décrochent un emploi, près de 63% d’entre eux sont surqualifiés pour le poste qu’ils occupent. Un taux similaire recensé à Vancouver et bien plus supérieur à Toronto. Les causes de cette situation de mal-emploi des immigrés sont plurielles, de l’avis d’experts. Eternel problème de reconnaissance des compétences, discrimination à l’embauche sans oublier le manque de réseautage et d’absence de références locales, les freins à l’intégration des immigrants sont très nombreux. Ceux qui tentent un retour aux études se retrouvent confrontés par la suite au manque d’expérience canadienne. Il reste alors l’option de ne pas avoir peur de commencer au bas de l’échelle.

Paradoxalement à cette situation, le principal bassin de travailleurs potentiels -les personnes âgées de 25 à 54 ans- a baissé de 10 % à Montréal depuis 2006. Les régions sont aussi en grand besoin de main-d’œuvre. Dans ce sens, la pénurie dans ces localités force notamment le Québec à revoir ses priorités. Au même moment, des entreprises en région font des campagnes de séduction pour attirer les immigrants, car entre les travailleurs qui prennent leurs retraites et ceux qui sont débauchés, beaucoup d’usines n’arrivent pas à faire face à leur carnet de commandes dans les délais. Une situation qui porte atteinte à la croissance de nombreuses entreprises. Mais difficile de drainer de la main-d’œuvre en région.

Comment mettre en adéquation demande et offre d’emploi ? Après l’attentat commis au Centre culturel islamique de Québec, il y a plus d’une année, le gouvernement québécois avait annoncé qu’il prioriserait l’étude d’un projet de loi pour faciliter l’intégration des immigrants et qu’ils puissent profiter des mêmes occasions en matière d’emplois que l’ensemble de la population. A ce sujet, l’Institut du Québec émet plusieurs recommandations à ce sujet. Il s’agit de l’interdiction aux employeurs de réclamer d’un immigrant qu’il ait une expérience de travail canadienne sans raison spécifique. L’Institut en question réclame également, entre autres, que les ordres professionnels soient tenus d’offrir aux immigrants des formations d’appoint de courte durée, en collaboration avec des établissements postsecondaires, dans un délai de moins d’un an après la réception d’une demande.

Mais arrivera-t-on à changer la donne ? Il y aura 1,3 million d’emplois à combler au Québec d’ici les prochaines années et l’immigration va nécessairement faire partie de la solution. Mais encore faut-il que les immigrants aient les moyens de véritablement s’intégrer dans leur communauté d’accueil et pour cela il faut que les entreprises canadiennes fassent plus d’efforts pour assurer leur intégration professionnelle et sociale. Cela passe par une élimination de toutes les barrières à la pleine participation des Canadiens de toutes origines au marché de l’emploi. Cela ne se fera pas ainsi sans une valorisation des différences, sans compter qu’il faut endiguer les préjugés. A cela des mesures concrètes sont encore attendues par tous.

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