Condamnation d’une proxénète

Condamnation d’une proxénète

«Houriya », a appelé le président de la Cour. Nous sommes dans la salle d’audience de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Au banc des accusés, une femme, quadragénaire, se lève. Ce jour de novembre, elle était la seule femme, mise en cause, qui se trouve parmi les accusés. Elle avance à pas lents.
Vêtue d’une djellaba verte et portant un foulard noir, Houriya fixait du regard le président de la Cour sans prononcer le moindre mot. Elle attendait qu’elle soit interrogée. Le président appelle une deuxième personne qui était assise parmi l’assistance. Tous ceux qui étaient à la salle d’audience ont suivi du regard la personne qui s’est levée pour répondre à l’appel du président de la Cour. Il s’agit d’une fille mineure, malade mentale. Sa mère la tenait par la main pour la conduire devant le juge.
Mais quelle est sa relation avec l’affaire ? Il s’agit de la plaignante. Le président de la Cour a demandé à la mère de faire sortir sa fille de la salle d’audience et d’attendre leur tour. À pas lents, la mineure, docile et visiblement malade, emboitait le pas à sa mère.
Houriya se tenait toujours devant les trois magistrats de la chambre criminelle. «Tu es accusée de détournement d’une mineure malade mentale et de proxénétisme. Qu’en dis-tu ?», lui a rappelé le président de la Cour. Houriya qui fixait le président de la Cour s’est effondrée en larmes. Le président de la Cour lui a demandé de cesser ses larmes pour répondre à ses questions. «Nous avons d’autres dossiers à examiner», lui a-t-il indiqué. «Je suis innocente, Monsieur le président. Je ne connais ni cette fille ni sa mère», a-t-elle répondu les larmes aux yeux. "Quel intérêt a la jeune mineure à t’accuser ? Quelles sont les raisons qui la pousseraient à agir ainsi.?", demande le président de la Cour. La réponse de la mise en cause n’avait pas été convaincante. «J’ignore ses raisons Monsieur le président», a répondu l’accusée.
Et le président d’appeler la victime à la barre. En tenant la main de sa mère, elle est rentrée à la salle d’audience.
«Connais-tu cette personne ?», a demandé le président de la Cour à la fille mineure. Elle a hoché la tête en signe d’approbation avant de le confirmer par un «oui» ferme. Le président de la Cour l’a sollicitée ensuite de lui relater toute l’histoire. Sans hésitation, la fille mineure et malade mentale a commencé  à raconter ce qui lui est arrivé. Elle a affirmé à la Cour avoir rencontré Houriya dans un quartier lors d’une balade. « Elle m’a demandée de s’approcher d’elle», a précisé la victime. Après quoi, elle m’a emmenée chez elle. La victime n’a pas protesté. Elle était calme. Dans une chambre, elle a remarqué un jeune homme qui se tenait dans un coin en sirotant un thé. Aussitôt, Houriya lui a donné la même boisson. Après quoi, la mineure a perdu conscience. A-t-elle été droguée ? Apparemment oui. Lorsqu’elle s’est réveillée, elle a remarqué qu’elle était nue et le jeune homme l’embrassait. Dans sa partie intime, elle a senti un mal aiguë. Aussitôt, elle a quitté le lieu en se rendant chez elle. Avisant sa mère, cette dernière l’a conduite aussitôt au commissariat de police pour déposer une plainte.  Mais Houriya a continué à crier son innocence devant la cour qui a recouru aux témoins pour élucider l’affaire. Certains ont attesté que Houriya est une proxénète et qu’ils l’ont remarquée en compagnie de la plaignante alors que d’autres ont témoigné en sa faveur. Après le réquisitoire du représentant du ministère public et la plaidoirie de l’avocat de la défense, la Cour s’est retirée pour se délibérer. Houriya a été jugée coupable. La Cour l’a condamné à cinq ans de réclusion criminelle.

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