Condamnés à trois ans de prison ferme pour charlatanisme

Mohamed et Ahmed sont en chômage. Ils n’ont pas de sou pour gagner leur vie, ni pour subvenir aux besoins de leurs familles. Que devaient-ils faire ? Rester chez eux à attendre celui qui leur donne de l’aumône ? Non. Mais, au lieu de chercher à gagner dignement de l’argent, ils ont recouru au chemin du mal : l’escroquerie. Depuis longtemps, ils ont choisi d’errer dans les quatre coins du Maroc. Ils n’épargnaient aucun douar et aucune ville en quête d’un croyant en charlatanisme. Lorsqu’ils le trouvaient, c’était le vrai trésor. «Ces trésors sont sous surveillance des djinns depuis plus d’un millier d’années…Nous pouvons les exhumer sans crainte. D’abord, tu dois nous donner dix mille dirhams pour acheter de l’encens», a confié Mohamed à Abdellah. Abdellah est un commerçant. C’était par un pur hasard qu’il a rencontré les deux charlatans. Au fil des mots, il leur a révélé avoir rêvé d’un domicile abandonné dans un douar où il a trouvé des bijoux en or.
Les deux charlatans l’ont convaincu qu’il allait mettre la main sur un trésor. Où ? Ils lui ont indiqué un terrain vague situé non loin de la ville d’El Jadida. Ils l’ont accompagné après s’être mis d’accord sur une somme de trente mille dirhams. Avant l’aube, au lieu indiqué Ahmed psalmodiait des prières, récitait des versets du Coran à haute voix. Mohamed est tombé par terre, s’est agité, s’est tordu par des convulsions, vociférait et criait : «Non, non, vous avez mis, injustement, la main sur nos trésors. Vous devez partir, déménager, aller ailleurs…Sinon, je vous exorciserai calmement ou avec force». Mohamed a ordonné à Abdellah de rentrer chez lui. Il lui a expliqué qu’il ne devait pas y rester. Car, il n’est pas un vrai croyant. « Sinon, tu seras possédé par les djinns », lui a-t-il précisé.
Abdellah est retourné chez lui. Les deux fkihs ont enterré quelques morceaux de cuivre et ont rejoint Abdellah. Le lendemain, presqu’au même temps que la veille, ils se sont rendus au même lieu. Ahmed psalmodiait une prière, criait : « Sortez de là, sortez, le trésor est à nous ». Ils creusaient, creusaient profondément, jusqu’à l’apparition de morceaux de cuivre.
«Voilà le trésor, mais il est toujours sous la surveillance des deux diables, sortez, on lira le Coran pour vous brûler », a crié Ahmed avant de s’adresser à Abdellah pour lui demander de partir. «Ils veulent te tuer parce que tu nous as emmené ici », a-t-il ajouté. Abdellah est retourné chez lui, a tremblé de peur, a attendu l’arrivée des deux fkihs. Mais, ils n’ont plus donné signe de vie. Ils ont réapparu à Midelt, là où ils ont rencontré un homme, bien habillé, en compagnie de son fils, de vingt-quatre ans, souffrant d’une maladie psychique. «Ton fils est possédé par les djinns», l’a surpris l’un des deux charlatans. L’homme lui a répondu qu’il avait conduit son fils à un mausolée. Ils lui ont assuré qu’ils pouvaient l’exorciser. Il les a emmenés chez lui. Ils y sont restés trois jours sans rien faire. Le quatrième jour, ils ont demandé à l’homme de leur apporter un coq gras noir. Ils lui ont demandé de le préparer sans sel et le jeter dans un terrain vague et impropre juste après la prière d’Al Maghreb. «Et ton fils sera exorcisé», lui ont-il prétendu.
L’homme a exécuté l’ordre des fkihs, leur a donné cinq mille dirhams, les a emmenés jusqu’à la gare routière, leur a ajouté cinq cents dirhams. En retournant chez lui, il a remarqué que son enfant était toujours à son état psychique. Quelques jours plus tard, il a déposé plainte contre les deux fkihs. Une enquête a été diligentée et les deux charlatans ont été arrêtés et conduits devant la justice. Ils ont été condamnés à trois ans de prison ferme assortie d’une amende de trois mille dirhams chacun.

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