Crime sous une tente caïdale

Nous sommes le lundi 6 mars. Les éléments de la gendarmerie royale de la région de Sidi Slimane n’ont pas encore pris leur petit-déjeuner qu’ils ont été alertés  de la découverte, au petit  matin, dans le douar Ouled Boutabet, du cadavre d’un jeune homme. De qui s’agit-il? Le corps porte-t-il des traces de violence ou de coups d’un objet tranchant ? Les habitants du douar Ouled Boutabet ont remarqué une grave blessure dans le dos.
Probablement un coup de couteau.  Les enquêteurs sont immédiatement montés dans leur Jeep à destination du douar indiqué afin d’effectuer un constat d’usage et diligenter une enquête minutieuse. En arrivant sur le lieu du crime, ils ont trouvé un spectacle par beau à voir : un cadavre gisant dans une mare de sang plus ou moins coagulé. Le meurtre doit remonter à au moins trois heures, ont déduit les enquêteurs. Qui est l’auteur de cet horrible homicide? Les gendarmes  ont cherché d’abord à identifier la victime. Il s’agit de Driss, la trentaine, père de deux enfants ; une fille et un garçon. Est-il un délinquant ? Non. Driss, un homme sans histoires, jouit d’une bonne réputation dans le douar. Une personne sympathique qui passe sa journée au travail avant de rentrer chez lui aux côtés de sa femme et de ses enfants.
Mais que faisait-il la nuit du 5 au 6 mars loin de chez lui ? Personne ne le sait . Tout ce que l’on sait c’est qu’un mariage a été célébré la veille, dimanche 5 mars. Or, la victime ne faisait pas partie des invités, selon l’enquête du voisinage menée par les gendarmes. Le mari leur a confirmé qu’il ne l’a pas invité. Même son de cloche du côté de la mariée.  Bizarre. Mais que faisait-il cette nuit-là dehors ? Comment expliquer cela ?  Les enquêteurs, qui se doutaient de quelque chose, reviennent à la charge. Nouvel interrogatoire du mari. Ce dernier maintient sa version des faits initiale. C’est alors que les gendarmes demandent à visionner la cassette des festivités du mariage.
La victime n’apparaît nulle part. Mais les enquêteurs se sont attelés ensuite à interroger les invités. Une dizaine parmi eux ont confirmé que Driss était de la fête en compagnie de son cousin. Convoqué à son tour, ce dernier reconnaît s’être rendu à la soirée avec Driss tout en avouant qu’il a été assassiné au cours des festivités. «Mais pourquoi avez-vous caché cela ?» Les enquêteurs n’ont rien compris à l’attitude du cousin. «J’ai peur, monsieur le gendarme», lâche-t-il,fébrile. Qui est l’auteur du crime?  
Et le cousin de préciser : « En fait, c’est moi qu’il voulait tuer et non pas Driss». Qui “il“ ? Les propos du cousin sont étranges. Serait-il l’assassin de Driss ? 
Soumis à un feu roulant de questions, le suspect  a fini par dire la vérité : l’auteur de crime n’est autre que Brahim, un soûlard et drogué. « Je l’ai battu, il y a quelques jours suite à un malentendu». Pourquoi a-t-il tué Driss et non pas son cousin ?  C’est l’assassin présumé, après son interpellation, qui donnera les détails de l’histoire.
« Driss portait la veste de celui que je voulais supprimer par désir de vengeance», avoue Brahim. Ainsi le tueur présumé s’est trompé de cible. Cette maudite veste. Mal en a pris à Driss… En effet, lorsque Drisse a commencé à grelotter à cause du froid, son cousin lui a proposé de porter sa veste.
Sans  le regarder en face, Brahim l’a poignardé lâchement de derrière en plein mariage avant de s’enfuir.
Le mensonge des mariés s’explique maintenant.  C’est l’époux qui a supplié les invités de ne rien dire aux gendarmes. Fait aggravant, avec l’aide d’un ami, il a mis le cadavre hors de la tente caïdale dressée pour l’occasion et a retourné chez son épouse comme si de rien n’était pour consommer l’union.  L’assassin présumé et le complice ont été arrêtés. Ils attendent le verdict de la justice.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *