De faux témoins arrêtés

Ils sont cinq pères de familles, âgés entre trente-sept et quarante-quatre ans. Ils ne sont pas au chômage mais presque : leurs petits boulots leur suffisent à peine à faire vivre leurs familles.
Les voilà, en ce jour de novembre, en état d’arrestation devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Tiznit. Ils sont poursuivis pour escroquerie, chantage et complicité.
« Larbi, Ismail, Hassan, Lahcen et Abderrahmane ! » Leurs noms retentissent par la voix du président du tribunal. Puis vient le tour du plaignant, Boujemaâ, lui aussi quadragénaire. Il raconte son histoire. Au départ, il n’avait que des relations superficielles avec les cinq hommes : politesses de quartier, bavardages de café, rencontres rituelles à la prière du vendredi, c’était tout.
Jusqu’au jour où il avait eu ce différend avec L’houcine. Rien qui au départ ne nécessitait le recours à la justice mais L’houcine avait fini par porter plainte contre Boujemâa, l’accusant de diffamation et d’insulte ; une plainte appuyée par cinq témoignages, ceux de Larbi, Ismail, Hassan, Lahcen et Abderrahmane.
Devant les enquêteurs, Boujemaâ s’en étonnera: pourquoi ces cinq hommes, qu’il ne connaît presque pas, viennent-ils affirmer qu’il a insulté L’houcine alors que c’est faux ?
C’est ainsi que Boujemaâ avait décidé de prendre les faux témoins à leur propre jeu. Il s’était procuré le numéro de portable de Larbi, l’avait appelé et lui avait proposé de le rencontrer le lendemain.
Au fil de leur conversation, Larbi avait avoué à Boujemâa que L’houcine avait acheté les témoignages de ses amis et lui. Ce à quoi Boujemâa avait répondu par une nouvelle offre: «S’il a acheté votre faux témoignage, je peux acheter votre renonciation… Dans tous les cas, vous gagnez de l’argent!». Rendez-vous fut pris pour le lendemain.
Les cinq faux témoins étaient loin de se douter de ce qui les attendait. En réalité, la proposition que leur avait faite Boujemâa n’était qu’un piège, destiné à les faire arrêter en flagrant délit par les gendarmes.
Les six hommes étaient dans un café. Boujemâa leur avait remis à chacun une enveloppe contenant 500 dirhams, à titre d’avance sur les 1500 DH promis individuellement.
Les enveloppes étaient à l’abri dans les poches des faux témoins. C’est alors que les gendarmes avaient surgi.
Les cinq hommes auront beau nier et charger Boujemâa, leurs arguments seront balayés par le tribunal, qui les condamnera en accordant toutefois les circonstances atténuantes à deux d’entre eux. Quant à L’houcine, une nouvelle procédure a été ouverte contre lui.

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