De la promesse de mariage au meurtre

De la promesse de mariage au meurtre

Jeudi 8 juin 2006, en fin de la matinée. Le chef du district de police de Hay Hassani-Aïn Chok, à Casablanca, le chef de l’arrondissement de police d’Al Oulfa et leurs collaborateurs examinent les différentes pistes permettant d’épingler l’auteur du crime de la mare d’Al Oulfa. Depuis le jour de la découverte macabre du cadavre d’une jeune femme, ils ne ferment plus leurs yeux.  C’était dimanche 4 juin, en fin d’après-midi.
Au milieu de la végétation, qui croît au bord de la mare située derrière les sièges de la préfecture des arrondissements de Hay Hassani-Aïn Chok et de la Cour d’appel de Casablanca, non loin du groupe résidentiel Al Firdaous, ils ont découvert le cadavre d’une jeune femme, en djellaba bleu ciel. Un foulard blanc entourait son cou portant des traces de violence. Le corps de la victime ne présente aucune blessure. Le constat d’usage a favorisé l’hypothèse de la mort par strangulation. Qui est la victime ? Qui l’a tuée? Et pour quelles raisons ? Trois questions clés à résoudre pour tirer l’affaire au clair.
L’un des officiers de police de l’arrondissement d’Al Oulfa se souvient du visage de la défunte. Elle est venue, le mardi 30 mai 2006, au commissariat de police pour déposer une plainte contre son amant. La jeune femme est venue en compagnie de son employeuse, occupant un appartement au groupe résidentiel Al Firdaous. Elle est tombée enceinte suite à une relation extraconjugale.
Après avoir examiné les plaintes, ils ont pu identifier la victime. Il s’agit de Touria, âgée de trente-deux ans, domestique de son état, célibataire, demeurant à Had Soualem. Sans tarder, ils se sont dirigés vers le domicile de l’employeuse. Elle les a accueillis et leur a expliqué que son employée est à son septième mois de grossesse suite à une relation extraconjugale. Elle l’a encouragée à déposer plainte contre son amant qui avait l’intention de lui tourner le dos. A la morgue, la femme a reconnu le visage de la victime. Entre-temps, le rapport de l’autopsie a conclu que la mort a eu lieu suite à la strangulation. Très vite, les premiers soupçons des enquêteurs se portent sur l’amant de la victime dont l’identité était consignée dans la plainte de la défunte.
Tout de suite, les enquêteurs se sont lancés vers le domicile de ses parents. Il n’y était pas. Ensuite, ils se sont rendus à la chambre qu’il occupait en compagnie de son frère. Il n’y était pas non plus. Ils y ont trouvé sa carte d’identité nationale. Ils se sont dirigés enfin vers une ferme à Had Soualem où il passait de bons moments avec sa maîtresse, Touria. Résultat ? Négatif. Où devait-il se trouver ? C’est la question que se posaient les enquêteurs ce jeudi 8 juin, quand un jeune homme, la quarantaine, de taille moyenne, les traits émaciés, est venu lancer la surprise : « C’est moi qui ai tué Touria ». Leur histoire remonte en 2002, date de leur première rencontre. Ils ont entretenu une relation amoureuse. Ils étaient très amoureux l’un de l’autre et partageaient souvent le même lit. Touria est tombée enceinte.
Elle l’a sollicité à maintes reprises d’assumer sa responsabilité. Mais en vain. Et elle a fini par déposer une plainte contre lui. C’est la raison pour laquelle il l’a contactée et lui a promis le mariage. En contrepartie, elle devait retirer sa plainte le plus tôt possible.
Entre le mardi 30 mai et le dimanche 4 juin, Touria a été chassée par son employeuse. Cette dernière ne lui a pas versé tout son salaire. Pour récupérer le reliquat du montant, elle est retournée en compagnie de son amant chez son employeuse. Seulement, personne ne leur a ouvert la porte. Il semble que ses employeurs ne s’y trouvaient pas. Le couple a décidé de les attendre un peu plus loin du domicile, juste au bord de la mare.
En engageant la conversation concernant leur mariage, Touria a décidé de soulager sa conscience en lui dévoilant ses secrets. « Nous devons être clairs avant le mariage pour que notre relation légitime soit fondée sur des piliers solides », aurait-elle dit. Elle lui aurait confié qu’il n’était pas la personne qui l’a déflorée comme elle lui avait fait croire, il y a longtemps. « C’est le fils de mes employeurs chez lesquels je travaillais à Had Soualem qui m’a dépucelée…Je couchais avec lui de temps en temps », lui aurait-elle précisé. Son amant prêtait attention à ses paroles sans réagir et sans dire le moindre mot. Il souriait même de temps en temps. C’était la première fois qu’elle lui racontait ses souffrances et le calvaire qu’elle avait éprouvé dans les maisons de ses multiples employeurs.
Elle lui a relaté que son dernier employeur demeurant au groupe résidentiel Al Firdaous l’exploitait lui aussi sexuellement. En attendant que son épouse se plonge dans un profond sommeil, il lui demandait de lui préparer un verre de café noir. Quand elle s’approche de lui, il la sollicitait de s’asseoir à côté de lui et changeait la chaîne de télévision pour qu’ils visionnent un film pornographique. Après quoi, ils faisaient l’amour.  Et l’amant l’écoutait attentivement. Quand elle a fini ses révélations, il lui a ôté le foulard pour toucher ses cheveux. En lui lançant un sourire, il lui a demandé de tourner ses regards vers la mare d’eau. À peine qu’elle ait tourné sa tête, il a serré le foulard autour de son cou jusqu’à l’étranglement. Après quoi, il a couvert son corps avec quelques feuilles d’arbres. Et il a disparu. Mais pas pour longtemps.

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