De l’inceste à la prison ferme

Nous sommes à la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Youssoufia. Cet après-midi du lundi 5 février 2007, la salle d’audience est archicomble. La majorité de l’assistance attend l’affaire de Khadija et Abdenbi. Personne, dans cette petite ville, située à 90 km de l’est de Safi, n’aurait imaginé qu’une telle affaire aurait pu éclater à Youssoufia. C’est une histoire qui dépasse leur imagination au point que leur engouement d’assister au procès ne prouve, en fait, que leur envie de se convaincre qu’elle est vraie et non pas une fiction. Quelle est donc la vraie histoire de Khadija et Abbenabi ? 
C’est en 1960 qu’Abdenbi a vu le jour dans une famille d’un douar de Youssoufia. Deux ans plus tard, sa sœur aînée a mis au monde une petite fille qu’elle a prénommée Khadija. Au fil des jours, l’oncle maternel, Abdenbi et la nièce, Khadija, grandissaient et jouaient ensemble, devant les regards de la famille. Ils ne demeuraient pas au même domicile, mais se rencontraient assez souvent, durant leur enfance et leur adolescence. Leur relation dépassait celle qui devrait lier un oncle maternel à sa nièce. Rares sont les fois où ils ne se retrouvaient pas ensemble. Chacun devenait presque l’ombre de l’autre. Ils partageaient tant le mal que le bien, la souffrance que la joie au point qu’on ne pouvait plus parler, dans la famille et au douar, d’Abdenbi sans penser à Khadija. Et vise-versa. «S’il n’était pas son oncle maternel…», disaient les uns soulignant même qu’«ils auraient pu être le couple le plus parfait du monde». Cela n’a jamais effleuré l’esprit ni de Khadija ni de son oncle maternel, Abdenbi. Pour eux, peu importe cette relation familiale. Car chacun d’eux vouait un sentiment d’amour à l’autre. Un sentiment si fort qui les a même “dispensés“ de penser à ce qui pouvait plus distinguer ce qui est licite de ce qui est illicite.
En 1989, alors qu’Abdenbi et Khadija étaient respectivement à leur 29 et 27 printemps, leur relation a connu une mutation radicale. C’était la première fois qu’ils partageaient ensemble le même lit. Le plus étonnant, c’est qu’ils n’ont rien regretté de leur acte incestueux, interdit par les mœurs et la religion. Au contraire, ils s’y sont habitués au point qu’ils se considéraient comme mari et femme. Dix ans plus tard, ils ont décidé tous les deux de se réfugier dans une ferme située plus loin de leur douar pour travailler et vivre librement leur relation incestueuse. Là, Khadija est tombée enceinte et a mis au monde, en 2001, une fille qu’elle a confiée à une famille résidant à Taroudant. Après quoi, le couple est retourné à Youssoufia pour reprendre, en catimini, sa relation.
Dix-huit ans plus tard, un membre de la famille d’Abdenbi et de Khadija a découvert leur relation incestueuse. Convaincu que se taire deviendrait une complicité, il a décidé de se rendre chez la police pour les aviser. Ne croyant pas leurs oreilles, les limiers se sont rendus aux domiciles de l’oncle maternel et de sa nièce. Ils les ont conduits au commissariat pour les soumettre aux interrogatoires. Ni Abdenbi ni Khadija n’ont nié cette relation incestueuse. «Je l’aime…», a avoué chacun d’eux. Un aveux qui a étonné aussi bien les enquêteurs que les habitants de la petite ville. Personne n’y a cru. Comment ont-ils continué à entretenir pareilles relations. Ils ont avoué vivre leur relation amoureuse depuis dix-sept ans sans attirer l’attention de personne. Ils ont affirmé au tribunal qu’une fille, âgée actuellement de six ans et adoptée par une famille «roudanaise», était le fruit de leur amourl. La tâche n’était pas difficile pour le juge du tribunal pour annoncer leur culpabilité. Et il a condamné respectivement Abdenbi et Khadija à un an et demi et à un an de prison ferme. Penseront-ils mettre fin à leur relation après leur libération ?

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