Du commerce à l’escroquerie

Du commerce à l’escroquerie

Moustachu et bien habillé, Omar est entré dans un café du Souk Dakhili, à Tanger. Il s’est attablé dans un coin donnant sur la rue. Il aimait contempler la rue sans s’asseoir sur les chaises rangées sur le trottoir. Il a demandé du thé. Rapidement, monsieur est servi.
Omar n’est pas originaire de cette ville du Détroit, mais il la fréquentait souvent. Ce marchand, qui dispose d’un commerce à Casablanca, se déplace, au moins une fois par mois, vers Nador ou Fnideq, pour s’approvisionner en diverses marchandises. En chemin, il fait escale à Tanger. Bref, il est tombé amoureux de la perle du Nord.
Ce père de trois filles et deux garçons, âgé de quarante-six ans, sirotait son verre de thé quand un jeune homme s’est installé à une autre table près de lui. Soudain, le jeune homme a quitté sa place pour rejoindre Omar. Ce dernier ne le connaissait pas et il ne l’a jamais vu. «Je m’appelle Mohamed…et tu ne me connais pas», lui a-t-il dit.
Qu’est-ce qu’il voulait d’Omar ? Ce dernier s’est contenté d’échanger avec lui un sourire sans dire mot. Le jeune homme a ajouté : «Je t’ai déjà vu dans ce café, mais je n’ai jamais osé te parler». Lui parler de quoi, semble penser Omar. Ce dernier qui gardait toujours, comme un sage, le silence croyait que le jeune homme qui s’est tenu devant lui est originaire de la ville.
«Je ne suis pas originaire de cette ville, mais le travail m’oblige d’y venir de temps en temps», lui a-t-il confié. Étrange.
Omar n’a pas compris comment ce jeune homme l’a vu dans ce café à maintes reprises alors qu’ils ne sont pas tous les deux originaires de cette ville? S’agit-il vraiment d’un pur hasard ?  Ou bien ce jeune homme ment ? Plusieurs interrogations ont martelé l’esprit d’Omar. Mohamed, âgé de trente-sept ans, marié et père d’une fille a affirmé à Omar qu’il visite souvent Tanger. Non pas par amour, mais pour autre chose. Laquelle ? Mohamed ne lui a rien révélé au café. D’abord, il l’a invité à déjeuner dans un restaurant. Difficilement, Omar a accepté l’invitation. Surtout qu’il ignorait les objectifs de Mohamed.
«Tu vas rester aujourd’hui avec moi et nous pourrons aller ensemble demain à Casablanca», lui a proposé Mohamed.
Surpris par cette proposition, Omar a gardé le silence et a suivi Mohamed au restaurant. Là, il lui a confié qu’il vient de temps en temps à Tanger pour aider les rêveurs de l’Eldorado à se rendre à l’autre côté de la Méditerranée.
«Et qu’est-ce que je dois faire moi», lui a demandé Omar.
Mohamed lui a expliqué que sa profession de commerçant lui permettait de rencontrer plusieurs personnes dont celles qui rêvent d’émigrer. Il lui a demandé de lui présenter ceux qui veulent émigrer vers le continent européen. Il lui a précisé que cette tâche n’est pas gratuite, mais contre une somme de cinquante mille dirhams. «Tu auras une commission de trois mille dirhams pour chaque “tête“», a-t-il ajouté.
L’offre a excité la cupidité d’Omar. Ce commerçant n’a pas hésité de se lancer dans l’expérience quand il est arrivé à Casablanca. D’une victime à l’autre, il empochait les milliers de dirhams et versait le reste à Mohamed qui ne tenait pas ses promesses. Cependant, Omar s’est trouvé dans une situation délicate. Surtout que Mohamed n’a plus donné signe de vie. Plusieurs victimes ont déposé plainte contre Omar. Arrêté, ce dernier a expliqué aux enquêteurs qu’il n’est qu’un rabatteur. Et Mohamed, où se cachait-il ? Omar ne savait pas. Il ne disposait même pas de son adresse. Et son téléphone cellulaire ? Seule sa boîte vocale qui répondait. L’enquête policière a démarré pour aboutir à l’arrestation de Mohamed qui vient d’arriver de Tanger. C’est là qu’il recrutait les rabatteurs pour empocher l’argent et disparaître.

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