En légitime défense, il tue son frère

En légitime défense, il tue son frère

«Non, M. le président, je n’avais pas l’intention de tuer mon frère M’barek », affirme El Housseïne qui comparait en état d’arrestation, en ce début de septembre, devant la chambre criminelle près la Cour d’appel d’Agadir. C’est pourtant dans la situation de Caïn, premier meurtrier de l’humanité après avoir tué son frère Abel, qu’El Housseïne se trouve désormais.
Personne, non personne, parmi les habitants du douar Afa Ifloussen, commune Aït Rkha, cercle Lakhssass, à 40 Km de Tiznit, n’aurait imaginé qu’El Housseïne deviendrait du jour au lendemain ce fratricide réprouvé. Personne n’aurait imaginé non plus ce bon père de famille, âgé d’une trentaine d’années, jouissant d’une excellente réputation, enfermer derrière les murailles de la prison.
El Housseïne n’était ni fumeur, ni buveur et encore moins drogué. Il était sérieux et pieux, ne manquant jamais aucune des cinq prières de la journée. C’est ainsi que le percevaient ses voisins du douar, qui se sont donc mobilisés pour le soutenir moralement après son arrestation.
« Je voulais seulement, M. le président, défendre ma mère, mon épouse et mon autre frère… », se défend-il tout en cherchant des yeux, parmi l’assistance, les membres de sa famille. Mais comme ses derniers sont les seuls témoins de l’affaire, la Cour les a fait se tenir à sa disposition dans une pièce attenante à la salle d’audience et devant le juge, El Housseïne est seul. Que s’est-il passé au juste pour que la vie de cette petite famille soit chamboulée en un clin d’œil : le cadet des trois frères mort et enterré et l’aîné emprisonné  ?
«Mon frère M’barek était très agressif, violent et cruel… Nous l’évitions souvent à la maison», explique El Housseïne à la cour lors de son interrogatoire.
Contrairement à El Housseïne, M’barek était alcoolique et se droguait. Il lui arrivait souvent, pris de boisson ou sous l’effet de la drogue, de s’en prendre violemment à sa famille, sans la moindre considération ni pour sa mère ni pour sa belle-sœur et encore moins pour ses frères. Il les abreuvait d’insultes et parfois même les rouait de coups. Dans ces moments de délire, il ne se contrôlait plus, au point d’en arriver à vouloir les chasser de la maison familiale. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit le jour fatal où il est passé de vie à trépas.
Le récit des circonstances de la mort de M’barek est terrifiant. M’barek, ivre, vociférant et armé d’un couteau, fait irruption dans la maison. «Où êtes-vous ?», hurle-t-il.
Seuls sa mère, son frère cadet et sa belle-sœur s’y trouvent. M’barek se met en tête de les chasser, en les menaçant de son arme
«Sortez tous de la maison !»
Soudain, il s’en prend à sa mère qu’il saisit à la gorge d’une main tandis que de l’autre il agite son couteau : «Je vais te tuer si tu ne sors pas d’ici !» Prise de panique mais courageusement, la belle-sœur tente d’intervenir pour protéger sa belle-mère. Mal lui en prend… M’Barek la repousse si violemment qu’elle en perd connaissance.  C’est alors qu’El Housseïne fait son entrée dans la maison. Il n’en croit pas ses yeux. Il voit M’barek frappant sa mère, sa femme étendue par terre et son autre frère appelant au secours.
Hors de lui, El Housseïne passe à l’attaque et pousse violemment M’barek qui se retrouve à terre. La mère, l’autre frère et la belle-sœur se réfugient dans une autre chambre. El Housseïne se précipite vers le premier étage. M’barek l’y rejoint, son couteau à la main. A-t-il l’intention de le tuer ou seulement de le blesser ? El Housseïne, qui s’est emparé d’un bâton, n’en a aucune idée. Il cherche seulement à se protéger et à mettre M’Barek hors d’état de nuire. C’est dans cette dernière intention qu’il assène un coup de bâton à M’barek. Ce dernier s’effondre. Sa tête cogne une marche des escaliers donnant au premier étage. Mais le choc lui est fatal : il expire sous les yeux d’El Housseïne, qui voit ainsi sa vie basculer.
«Je craignais d’être poignardé par lui… C’est pourquoi je lui ai donné ce coup de bâton», souligne El Housseïne en guise de conclusion.
El Housseïne s’est donc vu accorder par la Cour le bénéfice des circonstances atténuantes. Il a été condamné à 4 ans de prison ferme.

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