Il tue son ami pour l’honneur

Il tue son ami pour l’honneur

«Je voulais juste le menacer…». Comment une simple menace peut-elle dégénérer en meurtre ? C’est la question que le président de la chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca pose à Mohamed suite à sa réponse. Mais ce dernier a choisi de se réfugier dans le silence. Devant les officiers de la police judiciaire, il avait pourtant avoué avoir commis cet assassinat avec préméditation. Selon le procès-verbal de l’audition, Mohamed avait attendu que Rachid lui tourne le dos pour le frapper à coups de couteau.
«M. le président, je n’avais pas l’intention de le tuer, il était mon ami !», lâche Mohamed qui semble regretter à présent son acte criminel.
«Si tu le considérais comme ton ami, pourquoi l’as-tu tué ? », lui demande le président de la cour, qui ne semble pas être convaincu par les déclarations du prévenu. Là encore, Mohamed préfère garder le silence. Il n’ajoute pas le moindre mot.
Mohamed est natif du bidonville Al Kabla, quartier Hay Mohammadi, à Casablanca. Ce célibataire de vingt-sept ans exerce la profession de mécanicien.
Après son arrestation, il déclare aux enquêteurs avoir été contacté par son ami, Rachid, sur son lieu de travail. Rachid qui est depuis belle lurette au chômage, lui rendait visite avec d’autant plus d’assiduité que Mohamed se montrait toujours généreux envers lui : vingt dirhams par-ci, cinquante dirhams par-là… De l’argent que l’autre s’empresse d’aller les gaspiller dans un bar. Mohamed invite parfois Rachid à aller passer du bon temps au centre-ville, s’enivrer de vin rouge en courtisant les filles de joie. D’autres fois, ils se contentent tous les deux de quelques bières sirotées au coin d’une rue de leur quartier.
«J’étais de passage et j’ai décidé de te rendre visite», lui dit Rachid qui a pris une chaise pour s’asseoir.
Mohamed, préoccupé par la réparation d’une voiture, converse avec son ami, tout en travaillant. 19 heures sonnent enfin. Mohamed enlève son uniforme et s’en va en compagnie de son ami. À mi-chemin, ils décident de boire du vin rouge. Un aller à bord d’un grand taxi au centre-ville leur permet d’acheter deux «trois-quarts» de vin rouge. Les voilà occupés à s’enivrer dans un coin de leur quartier.
D’un verre à l’autre, les têtes commencent à “rêver“. Tout à coup, Rachid demande à son ami Mohamed s’il a vu récemment son amie. Pourquoi cette question? l’interroge Mohamed. Rachid lui dit qu’il l’a vue en compagnie d’un autre jeune homme. «Je crois qu’il s’agit de son oncle… Il est encore jeune…», réplique Mohamed. Mais Rachid revient à la charge : «Je sais qu’il s’agit de son oncle…Mais elle te trompe avec lui». Sous l’effet de l’alcool, Rachid perd le contrôle de ses paroles : «Elle n’est qu’une prostituée qui s’offre à tous les hommes du quartier…»
Refusant d’en croire ses oreilles, Mohamed réagit violemment aux paroles de son ami. Il se redresse et le frappe d’un grand coup de pied qui a pour effet d’envoyer Rachid bouler en arrière. Lorsqu’il se relève, il s’empare d’une pierre et tente de frapper Mohamed. Mais il se ravise aussitôt, lâche la pierre et tourne le dos à Mohamed, faisant mine de s’en aller. C’est alors que Mohamed sort le couteau qu’il tenait caché sous ses vêtements, se jette sur Rachid et le frappe mortellement. S’agit-il donc, ou non, d’un homicide prémédité ? Le représentant du ministère public, lors de son réquisitoire, l’affirme : il s’agit bel et bien d’un homicide volontaire avec préméditation ! Il requiert donc la peine maximale contre le mis en cause.
Pour sa part, l’avocat de la défense explique que son client n’avait jamais eu l’intention de tuer son ami. D’abord, il portait un couteau sur lui uniquement pour menacer les délinquants qu’il pourrait rencontrer en chemin, précise l’avocat qui plaide pour la requalification de l’acte de son client en coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner et le bénéfice des circonstances atténuantes.
Mais cette thèse n’a pas été retenue par la cour qui considère le geste de Mohamed comme un homicide volontaire prémédité et l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Pour l’honneur d’une femme et par la faute du vin, Mohamed est aujourd’hui en prison. Cruel destin.

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