Piégée par ses victimes

Nous sommes à Beni Mellal. Au troisième arrondissement de police, le téléphone sonne, ce lundi 18 juin. Qui était à l’autre bout du fil ? Une femme qui semblait perturbée a demandé secours. «Je suis séquestrée chez moi par plusieurs femmes qui veulent me tuer … », a-t-elle bredouillé en sanglotant. Disait-elle vrai ? Pour un policier, tout est possible jusqu’à preuve du contraire. Le policier lui a demandé l’adresse. «Quartier Al Atlas, n°( ) …», lui a-t-elle répondu. Les limiers du troisième arrondissement sont montés dans leur fourgon pour arriver à temps à l’adresse indiquée. Étrange ! Plus de quarante femmes se tenaient à l’intérieur et à l’extérieur de la maison. Qui étaient-elles ? Séquestraient-elles vraiment la femme qui a demandé secours ? Voulaient-elles vraiment la tuer ? Plusieurs questions et pas de réponse. Les éléments de la police sont descendus du fourgon. Comme si elle avait le feu au derrière, une femme, la quarantaine, s’est jetée sur eux leur demandant de la protéger, la sauver, la défendre. «Elles veulent me tuer …», criait-elle en sanglotant.  Les policiers l’ont embarquée dans le fourgon avant de s’adresser aux femmes qui étaient au nombre de cinquante-deux. En même temps, le chef de l’arrondissement a demandé du renfort. Elles ont été toutes conduites au commissariat de police. «Pourquoi l’avez-vous séquestrée et vouliez la tuer?», leur a demandé le chef de l’arrondissement sur un ton sérieux. « Nous ne voulions pas la tuer. Elle nous a invitées pour nous remettre notre argent…» , lui a répondu l’une d’elles. Que s’est-il passé au juste ?  
Fatima a échoué dans sa vie conjugale. Elle a pensé recourir à une activité bien plus profitable quoique plus risquée : l’escroquerie en promettant des contrats de travail aux rêveurs de l’Eldorado. Puisqu’elle était une femme, elle a ciblé la gent féminine. Parmi elle, Latifa est la plus ancienne des victimes. Depuis, l’idée de chercher à améliorer ailleurs sa situation hante son esprit. Mais par quel moyen ? Une amie à elle l’a conduite chez Fatima qui lui avait promis le paradis européen contre une somme de cinquante mille dirhams. Rêvant d’être parmi les premiers candidats à l’émigration, elle lui a versé dix mille dirhams en guise d’acompte. Au fil du temps, Latifa a découvert qu’elle n’était pas la seule, que d’autres victimes sont tombées dans les filets de Fatima. Chacune d’elle lui avait versé des sommes allant de dix à cinquante mille dirhams et chacune d’elles n’a rien reçu, ni un contrat de travail, ni son argent. À chaque fois, elle allait voir Fatima pour lui demander la date exacte du départ en Europe ou au Proche-Orient. En désespoir de cause, Fatima a pensé se débarrasser de ses victimes. Comment ? Elle leur a toutes téléphoné. «Je dispose de vos contrats de travail», leur a-t-elle affirmé. Toutes les femmes, candidates à l’émigration, ont rejoint son domicile situé à la rue Al Atlas. Quelques minutes plus tard, elles étaient surprises par la police qui est arrivée pour les arrêter pour séquestration et tentative d’homicide. Seulement, la vérité a été dévoilée et la police a arrêté Fatima et l’a traduite devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Beni Mellal.

 

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