Pour déplumer ses victimes, il se faisait passer pour le directeur d’une agence bancaire

Courtois, galant, distingué, persuasif et sûr de lui, il arrivait facilement à se familiariser avec les gens. Personne ne l’évitait, ne s’éloignait de lui ou ne lui tournait le dos. Au contraire, tous ceux qui l’ont rencontré, pour la première fois, devenaient très attachés à lui comme s’ils le connaissaient depuis belle lurette. C’est ce qui est arrivé à cette jeune femme, employée de son état, qui a fait sa connaissance dans un café à Casablanca. En fait, quand elle y est rentrée, il l’a fixée par ses beaux regards. Elle s’est rendu compte de ses regards dès qu’elle s’est attablée. Et un beau sourire était suffisant pour oser quitter sa table et aller lui demander la permission de s’asseoir avec elle. Elle n’a pas manifesté son refus. Il s’est affaissé sur une chaise. Il s’est présenté à elle comme directeur d’une agence bancaire. Lors d’une deuxième rencontre, il lui a demandé si elle avait pensé à acheter un appartement. « Je n’y ai jamais pensé» était sa réponse. Pourquoi ? Elle n’avait pas de réponse. Et il est arrivé à la convaincre pour y penser. Il lui a expliqué qu’elle doit assurer son avenir en acquérant un foyer. Il lui a précisé qu’il était capable de l’aider pour en avoir un. « Ne t’inquiète pas. Je peux t’aider pour te faciliter l’obtention d’un crédit de 100% du montant de l’appartement avec un intérêt préférentiel et sans payer le moindre sou du noir. Je peux également t’aider pour avoir un appartement avec un prix moins cher », lui a-t-il ajouté. Comment ? Elle n’a jamais imaginé avoir eu une pareille occasion qu’elle ne devait pas rater. L’occasion n’arrive qu’une fois, lui a-t-il affirmé. La jeune fille a commencé à rêver d’avoir son propre appartement. Ils ont fixé un énième rendez-vous. Il lui a expliqué qu’un appartement situé à la rue Socrate, à Casablanca, va être vendu aux enchères. Il lui a ajouté qu’il avait des connaissances dans les tribunaux qui pouvaient lui permettre de l’acheter sans concurrence. «Mais, il faut huiler la machine pour qu’elle marche», lui a-t-il précisé.
Parce qu’elle n’a rien compris de ce «huiler la machine», il s’est mis à table : «Tu dois soudoyer le fonctionnaire chargé de la vente aux enchères». Combien ? Vingt mille dirhams. Que valent ces vingt mille dirhams en contrepartie d’un crédit de 100% du montant de l’appartement, des intérêts préférentiels, du non-paiement du noir… ? Rien. Rapidement, elle est retournée chez elle pour lui donner, le lendemain, la somme demandée. Il l’a empochée avant de partir. Trois jours plus tard, il lui a téléphoné et lui a dit sur un ton plein de joie : « Tu dois être très heureuse parce que tu es chanceuse. J’ai entre les mains le compromis de vente de l’appartement de la rue Socrate. On se rencontre d’ici une demi-heure au même café. Mais tu dois payer une somme de trente mille dirhams». Pleine de joie, elle l’a rencontré avec la somme dans son sac à main. Elle lui a donné de l’argent avant de recevoir le compromis de vente. Ils se sont séparés une heure plus tard. Seulement, c’était leur dernière rencontre avant de se revoir au bureau du chef de la police judiciaire de la sûreté de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ, à Casablanca auprès de laquelle elle a déposé plainte. Arrêté, il s’est avéré qu’il s’agit d’un escroc notoire, quinquagénaire, qui a purgé plusieurs peines d’emprisonnement pour faux, usage de faux, escroquerie, usurpation de fonction, coups et blessures. Il a été traduit, pour la onzième fois, devant la justice, à la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca.

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