Pour un mot de plus, ils tuent leur ami

Pour un mot de plus, ils tuent leur ami

Ils sont deux amis, Mohamed et Ismaïl. Ils ont presque le même âge. Le premier est à son vingt-septième printemps et le second est son aîné de dix-huit mois. Tous les deux se tenaient, ce jour du mois de février, devant les juges de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Ils sont poursuivis, en état d’arrestation, pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. En fait, il semble qu’ils n’étaient pas de ces jeunes qui jouissent d’une mauvaise réputation, ni de ces sbires du quartier qui se bagarrent jour et nuit sous l’effet de l’alcool et de comprimés psychotropes ni de ces larcins qui ne sortent de  prison que pour y retourner. Bref, leurs casiers judiciaires étaient vierges. Malheureusement, ils viennent de se noircir après avoir commis leur crime contre leur ami, Khaled, âgé de vingt-six ans, employé de son état. «Nous n’avions pas l’intention de le tuer, M. le président», a déclaré Mohamed en réponse à une question du président de la Cour. En fait, tous les mis en cause poursuivis pour meurtre nient, devant la Cour, avoir la moindre intention de tuer leurs victimes, même s’ils sont accusés d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens.
C’est comme s’ils s’étaient mis d’accord sur les réponses. Ils ont évoqué le même scénario qui a coûté la vie à Khaled. Ou bien, disaient-ils la vérité ? Peut-être. «M. le président, Khaled était très violent, cruel et très nerveux. Il n’arrivait pas à contrôler ses nerfs pour le simple accrochage», a affirmé Ismaïl comme s’il cherchait à convaincre la Cour que la victime les avait provoqués pour arriver à commettre l’irréparable. D’abord, Mohamed, Ismaïl et Khaled étaient trois amis qui passaient leur temps ensemble à chaque fois qu’ils quittaient le bureau. Ils se rencontraient dans un café du quartier. Et les samedis, ils n’hésitaient pas à ingurgiter quelques verres de bière ou de vin rouge. En fait, ils picolaient pour leur plaisir. «De coutume, nous nous enivrions dans un bar situé au centre-ville avant de retourner chez Khaled, qui occupait seul le rez-de-chaussée du foyer paternel», a précisé Ismaïl.
Ils continuaient à picoler chez Khaled jusqu’à l’aube. Seulement, ce jour du crime, la sœur de Khaled a remarqué que son frère n’a pas donné signe de vie même après 14 h. Pourquoi ? Il dormait encore ? D’habitude, il l’appelait vers 13 h pour lui demander de lui apporter le déjeuner. Pourquoi pas l’après-midi de ce jour ? Elle est descendu du deuxième étage où elle occupe une chambre. Au rez-de-chaussée, elle a frappé à la porte. Personne ne lui a permis d’entrer alors que la porte était entrouverte. Doucement, elle l’a poussée. À pas de loup, elle est entrée . Et c’est la mauvaise surprise. Son frère était étendu par terre, corps sans âme, gisant dans une mare de sang. La police a été alertée. Une enquête a été diligentée. Et tout le monde a attesté que Khaled n’était, la veille, qu’en compagnie de Mohamed et Ismaïl. «Nous étions ensemble quand il a traité ma sœur de fille facile et qui se livre à tout le monde», a précisé Ismaïl. Et Mohamed a ajouté : «Je lui ai demandé de respecter notre ami Ismaïl. Mais, il a commencé à m’insulter et me traiter de proxénète. Je ne savais pas quelle mouche l’a piqué pour qu’il nous traite ainsi». Seulement, chacun des deux mis en cause a nié être la personne qui a poussé violemment Khaled qui est tombé par terre, chacun d’eux a accusé l’autre. Mais, la Cour les a jugés, tous les deux coupables pour les accusations que le parquet général leur a attribuées et les a condamnés, après les avoir fait bénéficier des circonstances atténuantes, à dix ans de réclusion criminelle.

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