Un avortement tourne au drame

À son quatorzième printemps, Zahra est devenue orpheline de sa mère. C’était la seule personne qui prenait soin d’elle. Ni son père ni ses quatre frères ne manifestaient le moindre attachement pour elle. Benjamine de sa famille, Zahra, qui a vu le jour en 1950, dans un douar de Sefrou, se sentait abandonnée après la mort de sa mère. Personne ne lui accordait aucune attention. Elle a été traitée par son père et ses quatre frères comme bonne à tout faire: lessive, nettoyage, préparation des repas…Si elle tardait à accomplir une tâche domestique, elle recevait des coups de poing et de pieds et était constamment humiliée. Au fil du temps, elle ne supportait plus cette violence. En 1968, Zahra avait dix-huit ans. Elle avait emballé ses affaires pour fuguer. Sa destination ? La capitale spirituelle, Fès. N’y connaissant personne, elle a été accueillie par une femme qu’elle avait croisée dans la rue. Qui est-elle ? C’est une proxénète qui lui a appris les b.a-ba de la plus ancienne profession au monde : la prostitution. Elle est restée durant dix ans à la merci de cette proxénète qui ne lui assurait qu’un toit et ne lui versait que des bribes pour survivre. Ne supportant plus cette exploitation inhumaine, Zahra a fini par quitter cette maison close pour commencer à profiter seule de son propre corps et de sa réputation parmi ses propres clients.  Ne prenant pas ses précautions, Zahra est tombée enceinte à maintes reprises. La première fois, c’était en 1980. Avait-elle recourt à l’avortement ou gardait-elle son enfant ? Cela dépendait du sexe du fœtus. Lorsqu’il s’agissait d’un garçon, elle recourait à l’avortement. Au contraire, si c’était une fille, elle la gardait jusqu’à l’accouchement. Pourquoi? Pour les exploiter une fois qu’elles seront devenues majeures. Effectivement, elle a mis au monde Asma, Safa et Lamia, âgées respectivement de vingt-huit, vingt-cinq et dix-huit ans. Elle les a encouragées à se livrer aux clients qui cherchent le plaisir contre une somme d’argent. Enfin, elle est devenue la proxénète de ses trois filles. Et à chaque fois que l’une d’entre elles tombait enceinte, elle la conduisait au cabinet d’un gynécologue.
Lorsque le fœtus était un garçon, elle interrompait la grossesse, dans le cas contraire, elle prenait soin de sa fille jusqu’à l’accouchement et elle veillait sur la nouveau-née. Zahra est actuellement grand-mère de cinq petites-filles. La dernière fois, quand elle a appris que sa fille, Lamia était enceinte d’un garçon, lui a fait subir l’avortement comme d’habitude. Malheureusement l’état de santé de Lamia s’est détérioré suite à une hémorragie. Elle a souffert toute la nuit sans être évacuée à l’hôpital. Le matin, elle a trouvé la mort. Les deux sœurs, Asma et Safa, n’avaient d’autre choix que d’alerter la police. La mère a été arrêtée et traduite devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès. Elle a été condamnée à dix ans de réclusion criminelle pour avortement ayant entraîné la mort.

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