Un escroc pas comme les autres

Un escroc pas comme les autres

"Je suis innocent M. le président. Je n’ai rien fait de mal. Il s’agit d’un coup monté", clame Zouheïr,  les larmes aux yeux, dans la salle d’audience de la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca. Ce jeune homme de vingt-six ans est accusé d’escroquerie. Son témoignage semble affecter une partie de l’assistance. La salle était ce jour-là archicomble.
« Les policiers m’ont obligé de signer le PV, M. le président, je ne leur ai rien dit », ajoute-t-il.
En fait, l’élucidation de cette affaire était très délicate. Les enquêteurs du district de Sidi Bernoussi-Zenata chargés de l’affaire avaient du mal à identifier l’accusé, puisqu’il disposait de fausses cartes d’identité.
En outre, son nom ne figurait pas parmi la liste des repris de justice. Cependant, un crime n’est jamais parfait. Il est vrai que Zouheir a pris toutes ses précautions. Enfin, presque. Pour ne pas se faire repérer, le mis en cause contactait ses victimes d’un publiphone évitant d’utiliser son portable.
Cependant, l’erreur qu’a commise Zouheir est qu’il appelait du même publiphone, sis au quartier Sidi Moumen, à quelques pas de sa maison à la résidence « Al Yakine».
« La police veut boucler ce dossier en collant l’accusation à mon client », explique l’avocat de la défense qui se démenait pour prouver l’innocence de son client. Mais les faits sont là. Les témoins le mettent en cause sans équivoque.
L’un d’eux est patron d’une société. Il était facile pour Zouheïr d’avoir le téléphone de sa société pour l’appeler. « Qui est à l’appareil ? », répond le patron de la société.
Zouheir est à l’autre bout du fil. «Je suis Moulay. Y, du Palais royal, j’ai une cousine que tu dois embaucher dans ta société», lui ordonne-t-il.
Quand le patron de la société lui a expliqué qu’il ne dispose pas de poste vacant pour la recruter, le prétendu Moulay.Y, l’a menacé: «Je vais mettre tes employés à la porte et je vais fermer ta société. Qu’en dis-tu ?».
Le patron de la société lui a demandé de lui envoyer sa cousine pour l’embaucher en tant que secrétaire. Seulement, la victime a découvert enfin que la jeune fille n’a pas de lien de parenté avec des membres de la famille royale.
Il s’agit d’une simple roturière en chômage longue durée en quête d’un travail. Zouheïr, qui a prétendu être membre de la famille Royale, a reçu 30 mille dirhams pour lui trouver cet emploi.
Zouheïr ne ciblait pas uniquement les chômeurs, qui lui versaient entre 20 et 50 mille dirhams en contrepartie d’un travail. Il visait également les familles des prisonniers souhaitant bénéficier de la grâce royale.
Accro à la drogue et à l’alcool, Zouheir dépensait tout son argent dans l’achat du  haschich et les boissons alcoolisées.
Certes, il ne trompait pas ses victimes puisqu’il tenait ses promesses, mais faisait peur à ceux qui les font travailler. Il déployait beaucoup d’efforts pour recueillir les noms des personnes hauts placées, les numéros de téléphones des sociétés, des hôpitaux et cliniques et les noms de leurs médecins chefs, les téléphones des pénitenciers et les noms de leurs directeurs…etc.
Son avocat a tenté, lors de sa plaidoirie, de jeter le doute sur les témoignages des victimes parce que ces derniers n’ont jamais vu le visage de Zouheïr. Il les contactait par téléphone.
Toutefois, les clients du mis en cause, ceux qui font appel à lui pour tel ou tel service, le connaissent. Et  finalement le tribunal a jugé Zouhaïr coupable d’escroquerie et l’a condamné à 3 ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 dirhams.

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