Un parricide à Kelâat Sraghna

Quand Serghini a comparu devant les magistrats de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, il n’a pas pu retenir ses larmes. Il a éclaté en sanglots comme un enfant au point que le président de la Cour lui a ordonné de retourner à sa place au banc des accusés en attendant de retrouver sa sérénité. Plus d’une heure plus tard, il a été appelé une fois encore à la barre.
« Serghini, ça va mieux maintenant ? », lui a demandé le président de la Cour qui feuilletait les documents du dossier.
Les yeux embués de larmes, Serghini a gardé le silence. « Serghini, né en 1968 à Kelâat Sraghna, célibataire, tu es accusé de parricide, qu’en dis-tu ? », lui a demandé le président de la Cour. Qui est son père? Pourquoi l’a-t-il tué ?
Son père, Hadj G, était un agriculteur qui aimait ses terres et champs de blé tendre. En dépit de sa vieillesse, il a gardé bon pied bon oeil, adorant profiter des plaisirs de la vie sans perdre de vue ses devoirs envers les membres de sa famille, ni même négliger ses obligations religieuses. Seulement, lassé de son épouse Khadija, il s’est mis en quête d’une jeune compagne pour se remarier.
En fait, il avait déjà choisi une jeune fille de sa bourgade.  Son cœur battait la chamade à chaque fois qu’elle passe près de lui.
Hadj G était au summum du bonheur lorsque sa demande en mariage fut acceptée et bénie par les parents de la jeune fille. Cependant, l’homme méconnaissait un fait non moins important dans cette histoire. Celle qu’il projetait prendre pour épouse était la préférée de Serghini, son fils qui travaillait à Casablanca. Il attendait le moment opportun pour demander à son père de se rendre chez sa famille pour demander sa main. C’était son rêve le plus cher.
De retour à Kelâat Sraghna pour une visite de quelques jours, Serghini apprend la nouvelle. Il n’arrive pas à croire ses oreilles. Pour en avoir le cœur net, il en parle à son père.
«Oui, on va organiser une petite fête le mois prochain», lui a annoncé son père dans un état de gaieté. Hors de lui, il décide de revenir à Casablanca alors qu’il avait déjà prévu de rester deux semaines en compagnie de sa famille. Deux jours plus tard, Serghini retourne à Kelâat Sraghna. Son père lui a demandé de rester jusqu’à ce qu’il convole en justes noces. «Mais je crois que je dois t’acheter une nouvelle djellaba», dit-il à son père qui était d’accord. Et le père a accompagné Serghini à Casablanca. Le premier jour s’est déroule sans problème. Mais, le deuxième jour, Serghini est rentré ivre le soir en titubant. Son père, Hadj G, qui n’a jamais vu son fils dans un état pareil, n’a pas pu maîtriser ses nerfs. Il a commencé à l’insulter. Le fils, Serghini, le regardait d’une drôle de manière sans réagir.
Un moment plus tard, il s’est révolté contre son père en l’accusant d’être la personne qui l’a poussé à picoler. Pour quelles raisons ? Pour oublier, lui dit-il. Oublier que sa bien aimée sera sa belle-mère dans quelques jours. «Que Dieu te maudi Yalmaskhoute», lui lance le père qui a été surpris par Serghini qui a bondi sur lui comme un fauve affamé. Avec une violence inouïe, il lui a fracassé le crâne contre le sol. Sa mort fut instantanée. Et le fils s’est présenté de son propre chef devant la police. «Je n’avais pas l’intention de le tuer», a-t-il affirmé à la cour. 
Dit-il la vérité ou non ? Son avocat, constitué dans le cadre de l’assistance judiciaire, a précisé que son client a été provoqué par son père et qu’il n’avait pas l’intention de le tuer.
«Serghini n’a jamais maltraité son père. Il ne lui a jamais adressé le moindre mot abject», a expliqué l’avocat dans sa plaidoirie en se basant sur les témoignages de leurs voisins à Kelâat Sraghna. Prenant la parole, le représentant du ministère public a expliqué dans son réquisitoire que le meurtre a été prémédité. «Sinon, pourquoi il l’a invité chez lui à Casablanca?» a-t-il ajouté. «Lui acheter une djellaba n’était qu’un prétexte pour le tuer », a-t-il précisé avant de requérir sa culpabilité et sa condamnation à la perpétuité. Cependant, après les délibérations, la Cour l’a condamné à 25 ans de réclusion criminelle.

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