Un parricide déféré devant la justice

Un parricide déféré devant la justice

Avare, radin, grippe-sou…  Près de ses sous, amassant précieusement tout ce qu’il gagne, strict dans toutes ses dépenses, redoutant le moindre excès, et surtout passionné par l’argent, Bedda est bien plus qu’économe !
D’où vient son attachement excessif à l’argent ? Comment expliquer son comportement ? Nombre de réponses peuvent être fournies à ce propos. Des réponses ?  Plutôt des supputations parce qu’il ne faut pas être devin pour voir que cet homme aime profondément ses deniers et qu’il entretient avec eux une relation très forte. Signe de pouvoir, de domination, d’invincibilité, l’argent est un sésame qui ouvre toutes les portes. Il est tout et il protège contre tout et tous. De qui et de quoi, au juste ? Peu importe. L’essentiel est que l’avarice de Bedda allait lui coûter fort cher. Flash-back.
C’est au douar Ouled Slama à Sidi Yahya El Gharb province de Kénitra que Bedda a vu le jour au cours des années 40. C’est, comme disent les vieux, « un présumé » ; c’est-à-dire un homme dont l’existence n’a été déclarée à l’officier de l’état civil qu’à la naissance du fameux livret gris vers la fin de l’époque coloniale. Face à la rubrique date de naissance et aux lieux des jours, mois et année, seule cette dernière donnée figure. Né dans une famille de fellahs de la région, il n’en avait cure puisqu’il n’avait pas été inscrit à l’école. Ses parents le destinaient plutôt à l’agriculture et à l’élevage. Les changements de saisons égrèneront ainsi son enfance et sa jeunesse. Les labours, semis, moissons, battages, garde des troupeaux, vêlages, traite des vaches, tonte des moutons, … seront ses seules préoccupations. A telle enseigne qu’il en oubliera même de se marier. Il ne s’y résoudra que la trentaine passée. Les mauvaises langues disent qu’il ne supportait l’idée d’avoir à dépenser son argent en pareilles choses. Pour lui, précisent-ils ingénument, le fait de prendre femme équivalait pour lui à jeter de l’argent par les fenêtres. D’où l’ultimatum que ses parents lui ont adressé. Ils le menacèrent de toutes les foudres d’ici-bas et de l’au-delà s’il ne demandait pas la main  d’une jeune fille du douar. Dès son premier jour sous le même toit avec lui, cette dernière va vite savoir qu’il lui en ferait voir de toutes les couleurs, mais pas celles de ses deniers. Cupide, il la privait de tout y compris de l’essentiel. Contre mauvaise fortune, elle fit bon cœur jusqu’à ce qu’un nouveau-né ne vienne égayer son foyer en 1978. Bedda l’a prénommé Abdelkader. Il a également refusé de dépenser le moindre sou pour fêter l’événement.
1991 : Abdelkader est à son treizième printemps. Sa mère a mis une fille au monde. Trois ans plus tard, elle en a accouché d’une autre.
Entre-temps, Bedda a changé en pis puisqu’il est devenu très agressif envers les siens. Il suffisait que l’un d’entre eux lui demande quoi que ce soit pour qu’il se transforme en monstre. Une haine tenace germera dans les cœurs de ses enfants.
A preuve, Abdelkader ne voyait en son père qu’un ennemi dont il fallait se débarrasser. Plus que tout au monde, il souhaitait le voir mourir et hériter de ses dizaines d’hectares de bonnes terres et de ses centaines d’ovins et de bovins.
Le lundi 5 février 2007 à 6 h du matin, il décide de passer à l’acte.  Il quitte subrepticement son lit, s’arme d’un gourdin et se dirige vers la chambre de ses parents. Bedda dort d’un profond sommeil lorsqu’il reçoit le premier coup de bâton sur la tête. Il se réveille pour en recevoir une pluie d’autres. Il se débat, crie au secours, mais personne n’intercède en sa faveur. Sa mère, terrifiée, ne disait mot. Ses filles âgées respectivement de quinze et de douze ans assistaient, pétrifiées, à la curée. Plus Bedda criait, plus les coups de son fils devenaient violents. Jusqu’à ce que le parricide s’accomplisse. Abdelkader jette alors son bâton maculé de sang, met sa main dans la poche de la veste de son père, en tire trois cent dirhams et sort. Sa mère est toujours sous le choc quand ses deux filles commencèrent à crier à tue-tête. Ce qui a eu pour résultat de réveiller les voisins et d’ameuter le reste du douar. Alertés, les gendarmes se sont dépêchés sur le lieu du crime. Abdelkader n’y était pas. Il a eu le temps de prendre la poudre d’escampette. Vers où s’est-il dirigé ? Nul ne savait. Un avis de recherche portant son signalement a donc été diffusé sur l’ensemble du territoire national. Le même jour vers 16 h, il a été appréhendé par les limiers du commissariat de police de la circonscription de Bouznika qui l’ont remis entre les mains de la gendarmerie de la région de douar Ouled Slama.
Il sera déféré demain, jeudi, devant la justice.

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