Un photographe tourne mal

Un photographe tourne mal

Nous sommes à la chambre criminelle près la Cour d’appel de Settat. La salle d’audience est archicomble au point que plusieurs personnes ont suivi les péripéties du procès en position debout.
« Mustapha », appelle à haute voix le président de la Cour.
Un jeune homme taillé en athlète se lève lentement. Avant même qu’il soit interrogé par le président de la Cour, il a commencé à vouloir proclamer son innocence. Un geste suspect.
«Il faut attendre que je t’interroge pour répondre», l’a averti le magistrat avant d’appeler à la barre, Nadia et Nawal, deux jeunes filles, vêtues de djellabas. Ces dernières se sont présentées devant le président qui  leur a demandé de sortir et d’attendre à l’extérieur de la salle d’audience.
Le président de la Cour a ensuite bien regardé Mustapha avant de lui poser les questions d’usage pour s’assurer de son identité : nom, prénom, profession, date de naissance et adresse. Mustapha a hoché la tête en signe d’approbation à chaque question avant de tenter une seconde fois de se disculper : «Je ne connais pas ces deux filles et je ne les ai jamais menacées de les violer ni de les voler».
Quant au procès-verbal, il précise que cet ex-photographe, marié et père de deux enfants, demeure au quartier Sidi Abdelkrime. Sa profession lui permettait de gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa petite famille. Seulement, il y a quelques années, il a changé complètement ; sous l’effet de l’alcool il avait agressé une jeune fille puis l’a violée avant de lui subtiliser ses bijoux. Et pourtant, la justice était clémente envers lui puisqu’il n’a été condamné qu’à deux ans de prison ferme. Après sa libération, il a tourné le dos au travail et à sa famille pour se livrer corps et âme à la criminalité.
Mais qu’est-ce qui lui est arrivé avec les deux jeunes filles, Nadia et Nawal ?
Appelées par la Cour pour présenter leur témoignage, chacune a prêté serment pour relater leur histoire avec Mustapha.
« Nous étions, toutes les deux, au boulevard Hassan II, au centre-ville de Settat… », a affirmé l’une d’elles.
Quand elles ont levé leurs yeux pour regarder les affiches des films, Mustapha a tenté de les séduire. Mais en vain. Aussitôt, il les a menacées par un couteau qu’il dissimulait sous ses vêtements. Perturbées, elles ont gardé le silence tout en suivant ses ordres. Il a hélé un petit taxi et s’est installé dans le siège arrière à côté de l’une d’elles tout en mettant le couteau sur ses côtes. L’autre jeune fille qui a pris place près du chauffeur n’a pas pu réagir, craignant que son amie paie cher. Arrivant au souk hebdomadaire donnant sur le quartier industriel, il a demandé au chauffeur du taxi de s’arrêter. Tous les trois sont descendus. Mustapha les a conduites vers un coin, loin des regards indiscrets.
Là, il a subtilisé à la première sa chaîne et ses bagues tous en or et a pris le téléphone portable de la seconde. Aussitôt, il a déboutonné son pantalon et a tenté d’obliger Nawal de se dévêtir. Cependant, les deux amies se sont mises à crier et à demander secours. Surpris de la réaction des deux filles, Mustapha a fini par prendre la fuite.
«Non, M. le président, je suis innocent», clame-t-il.
Et le président de demander aux deux plaignantes si elles se souviennent vraiment du signalement de leur agresseur.
«Oui, M. le président, quand il nous a menacées, il nous a montrées son bras droit qui porte le tatouage d’une femme. Ils nous a dit qu’il s’agit du dessin de sa victime qu’il avait violée et qui lui a coûté 2
ans de prison ferme», a précisé Nadia.
Le président a ordonné aussitôt à Mustapha de retrousser sa manche droite pour vérifier l’existence du tatouage décrit par la victime. Du coup, l’accusé, confondu, a baissé la tête. Il est bel et bien le coupable. La Cour l’a condamné à 8 ans de réclusion criminelle.

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