Un toxicomane sous les verrous

Un toxicomane sous les verrous

«Krikiba» est connu comme le loup blanc à Kissariat El Haffari où il terrorise la majorité des détaillants de cet espace commercial de la préfecture d’arrondissements Al Fida-Mers Sultan. Il habite tout près. Précisément à la rue 47 du quartier Laâyoune. C’est là qu’il est né un jour de 1978. Ses parents, qui lui ont donné le nom Hicham, ont tout fait pour que sa vie soit un long fleuve tranquille. Ils se sont saignés aux quatre veines pour lui offrir ce qu’ils n’ont jamais eu : le gîte, le couvert et des études. Mais de ces dernières, il ne voulait point. D’un échec à l’autre, il finit par se faire «éjecter» de l’école à l’issue du cycle primaire et à se fondre dans le moule auquel il était prédestiné. Le quartier Laâyoune est, en effet, connu pour la précarité des conditions de vie de ses habitants, le nombre de ses dealers et la violence de ses toxicomanes. Le quotidien des uns et des autres y est synonyme de sous-emploi, de chômage, de bas salaires, de travail des enfants, de trafics en tous genres, de manque d’intimité, d’alcoolisme, de toxicomanie et de recours fréquent à la violence pour régler les problèmes.
Se sentant marginalisées et vouées à la dépendance, ces personnes en situation de pauvreté vivent le discrédit et la disqualification, bref, la régression identitaire.
Résultat : une préférence pour le présent, accompagnée d’une relative impossibilité de remettre les plaisirs ou les projets au lendemain, un sens de la résignation et un fatalisme fondés sur les dures réalités de l’existence, seront les traits caractéristiques de la personnalité de Hicham qui a mis, tôt, les doigts dans l’engrenage infernal qui mène vers les «abysses du stupre et de la luxure».  Fumer une cigarette s’est vite transformé chez-lui en désir de beuveries et de roulage de  joints. Ce qui le conduisit à rouler les mécaniques pour s’imposer parmi les toxicomanes de son quartier. Il est devenu un bagarreur redoutable. Il se battait pour le moindre malentendu. Il ne rentrait plus que  rarement chez lui. Mal rasé, sale et en guenilles, il était en constante quête de «Karkoubi» (psychotropes) ; d’où le surnom «Krikiba». Au fil des mois, sa consommation en haschisch et psychotropes s’est accrue énormément. Idem pour ses besoins d’argent. Il a tenté, dans un premier temps d’en gagner honnêtement en devenant marchand ambulant. Ses recettes n’arrivaient néanmoins pas à couvrir ses dépenses.
Il a même gaspillé son petit capital à un moment où plus personne ne voulait lui faire crédit. Il a donc décidé de racketter les marchands des alentours.  Surtout ceux qui vendaient des tissus et des effets vestimentaires pour femmes. Au cas où ils refuseraient d’obtempérer,  il aspergeait leur marchandise d’eau de javel ou d’excréments. Comme la Kissariat est un espace de non-droit où la police n’arrive même pas à régler le problème de l’occupation illégale du domaine public et des mafias qui le louent aux marchands ambulants, aucune de ses victimes n’a osé déposer plainte contre lui. Il s’en est senti tellement renforcé qu’il a commencé à faire régner la terreur parmi ses « protégés ». Mais un jour, l’irréparable se produisit. Contre toute attente, un marchand de la rue Beyrouth, à Derb Soltane, a refusé de le payer. S’il laissait ce commerçant tranquille, d’autres s’abstiendraient de lui donner le moindre sou, s’est-il dit. Il fallait donc que sa réaction soit au diapason de ce qu’il croyait être un outrage impardonnable. Il a brandi son couteau avec calme et a asséné plusieurs coups au commerçant et à son aide.
Après quoi, il l’a retourné contre lui-même et s’est fait une estafilade avant de se rendre au commissariat de police pour déclarer avoir été victime d’une agression. Au moment où le préposé transcrivait ses dires, le commerçant et son aide gisaient, entre la vie et la mort, dans l’ambulance qui les transportait vers l’hôpital Bouafi. Alertés du drame, les policiers sont rendus à la Kissaria où plusieurs témoins leur ont affirmé que l’agresseur du commerçant et de son aide n’est autre que le plaignant ; à savoir Hicham alias «Krikiba». Ils se sont lancés à sa recherche. Barricadé dans la maison d’une vieille dame, il a opposé une résistance farouche aux éléments de la PJ de Derb Soltan-El Fida, qui ont dû encercler le quartier avant de le mettre hors d’état de nuire. Poursuivi pour tentative d’homicide volontaire, extorsion et fausses déclarations à la PJ et violation d’une maison, il a été traduit dernièrement devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca.
 

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