Benkirane : «Il faut tirer les leçons des malheurs»

Benkirane : «Il faut tirer les leçons des malheurs»

ALM : Quelle est votre lecture des critiques émises par le Syndicat national de la presse marocaine relative l’atteinte qu’aurait porté l’article d’«Attajdid» aux victimes du Tsunami et au manque de professionnalisme dont la deuxième chaîne est accusée dans sa riposte à cet article ?
Abdelilah Benkirane : Notre réponse est que le point de vue du SNPM est, somme toute, raisonnable. Il émane d’une lecture objective de tout ce qui s’est passé, suite à la publication par notre journal d’un article d’opinion, où une lecture, parmi d’autres, a été donnée a la tragédie éprouvée par les peuples des pays asiatiques touchés par le Tsunami. Ceci dit, nous ne reconnaissons pas la critique formulée par le Syndicat à notre égard, notamment le fait qu’on ait failli aux règles de déontologie auxquels nous sommes tenues, en ayant porté atteinte à d’innocentes victimes. Il faut préciser, dans ce sens, que l’article ne comprend aucun commentaire de nature à offusquer ou porter préjudices à des victimes dont nous partageons la souffrance. Par ailleurs nous avons positivement accueilli la position du SNPM quant à la réaction, pour le moins partiale, acharnée et préjudiciable, de la deuxième chaîne à l’égard de notre publication.
Pensez-vous que la HACA va aller dans le sens du SNPM ?
On le souhaite. Mais pour l’heure, la HACA est en train de statuer non pas sur la réaction de 2M, mais sur les liens qui unissent «Attajid» et le Parti de la Justice et du Développement (PJD). L’acharnement dont «Attajdid» fait l’objet s’apparente de plus en plus à une campagne qui vise également le parti. Ce qui est plutôt surprenant. D’autant qu’il n’y a pas de rapport entre les deux.
Mais le constat est qu’il existe bel et bien une relation entre la publication et le parti. Que répondez-vous à cela ?
Les rapports qui nous lient se limitent à la sympathie. Une sympathie qui fait qu’«Attajdid», relevant d’un autre organisme, le MUR en l’occurrence, ouvre ses colonnes au PJD. Ce dernier ne dispose pas, et contrairement à toutes les grandes formations politiques au Maroc, d’un organe de presse. Nous considérons qu’il est normal de notre part de combler cette lacune, dans la mesure du possible. Cette sympathie mise à part, le parti n’a aucun lien avec le journal. Ce dernier n’est ni financé, ni géré par le PJD. Celui-ci n’intervient à aucun moment et à aucun lieu dans les décisions prises par «Attajdid». Le PJD ne désigne pas son directeur. Le parti n’est même pas informé de ce qui se passe à l’intérieur du journal, ni du choix des sujets traités, ni de la manière dont ils sont traités. Bref, le parti n’est en rien concerné par le quotidien. Les attaques qui visent tant bien le journal que le parti semblent ne pas vouloir établir une distinction qui s’impose d’elle-même. Au contraire, on essaye par tous les moyens de nourrir l’amalgame, histoire de punir le père pour une erreur qu’aurait commise le fils.
Croyez-vous donc à l’idée d’un complot monté pour porter atteinte et au PJD et à «Attajdid»?
Les organes d’antan qui s’amusaient à saisir des journaux qui dérangent n’étant plus de mise, certains, des personnes physiques comme morales, se disant laïques, essayent par tous les moyens d’empêcher « Attajdid» de travailler en respectant les principes sur lesquels il est fondé et qu’il défend. Empêcher un journal d’émettre un discours en partant de ses valeurs revient à lui porter atteinte. D’autant que l’article incriminé ne tranche en rien sur le caractère, divin et punitif, de la catastrophe d’Asie. Il est une simple opinion, formulée de bonne foi, et qui plus est, argumentée. Nous sommes dans un pays musulman, et en tant que musulmans, il y a des leçons à tirer de chaque malheur. Ce que cette véritable armée qui s’est mobilisée contre la thèse de l’article cherche, c’est qu’on renie son contenu. Cela revient pour nous à trancher, dans l’autre sens et dire que c’est un phénomène de la nature. Alors que seul Dieu sait pourquoi un tel drame s’est produit.
Toute cette polémique, aurait-elle pu être évitée ? Et comment?
La lecture faite du Tsunami a été élaborée suivant une perception que nous avons cru la bonne. Mais la réaction de la deuxième chaîne, ainsi que toutes celles qui l’ont suivi n’obéissent qu’à une volonté pure et simple de nuire. 2M, en tant que chaîne publique financée par l’argent de tous les Marocains, se devait d’observer la neutralité la plus totale. Au lieu d’officier en partie prenante, elle aurait dû faire intervenir les parties directement concernées. Le dialogue, auquel nous sommes toujours ouverts, n’en aurait été que plus riche. Le professionnalisme de la chaîne s’en serait sorti grandi.

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