Cadrage : Le prix de la confiance

Dans tous les pays, mêmes ceux où la démocratie est profondément ancrée, la période pré-électorale favorise l’amnésie et la surenchère démagogique. À trois mois des élections législatives, notre champ politique n’échappe pas à cette règle. D’autant plus que les prochaines échéances sont appréhendées comme un véritable tournant dans la consolidation de la démocratie marocaine. Après une transition politique véhiculée par une alternance consensuelle sans heurts majeurs, la prochaine étape devrait être abordée dans la sérénité et la discipline politique.
Comme par définition les prochaines élections se dérouleront dans la transparence totale, le risque se trouve dans la pré-campagne électorale, avec la prolifération des discours démagogiques. Or tout le monde sait, y compris ceux qui font dans la surenchère, que la situation actuelle de notre pays ne permet pas de tels dérapages. Certes, la pression monte, mais ni les grèves politiques, ni la rhétorique démagogique avec le déterrement des «affaires» du passé, ne peuvent que desservir les intérêts de la nation. Certains se déploient pour tirer profit, dans un sens ou dans un autre, des scandales de la CNSS, de la CNCA ou du CIH. Il est vrai que des milliards ont été engloutis dans les poches de certains cadres véreux et autres clients de ces trois organismes.
Il est vrai, aussi, que c’est l’argent du contribuable qui a été dilapidé pour que l’on ne crie pas à l’injustice. Mais il ne faut pas que des politiques malintentionnés en fassent leur cheval de bataille dans un hippodrome boueux. Ceux qui réclament l’échafaud pour plaire à une opinion publique assoiffée d’une justice légitime ne savent pas où ils mettent les pieds en chassant les sorcières. Tout comme ceux qui essaient de transformer ces tristes affaires en un heureux bilan.
Les uns et les autres oublient que le climat mondial est assez délétère pour qu’il ne touche pas de plein fouet notre pays.
Le récent démantèlement du réseau d’Al Qaïda devrait leur mettre la puce à l’oreille. En ces moments critiques de notre histoire politique et économique, il est plus raisonnable de calmer le jeu que de faire un pressing aveugle. D’autant plus que l’amplification, outre mesure, des affaires de la CNCA, du CIH et de la CNSS, risque de toucher de plain-pied l’investissement dans notre pays. Cela ne suffit-il pas que la justice condamne les personnes incriminées et suive son cours pour les autres dossiers ? Il faut savoir raison garder et entamer une campagne électorale réaliste qui sied à l’évolution de notre pays et de sa population. La surenchère morbide dans les affaires mène indéniablement à la faillite, qu’elle soit économique ou politique.
Pourtant, on l’a vu, même sur des dossiers autrement tragiques, ceux de ce que l’on désigne par les années de plomb politiques, le Maroc est en train de tourner la page et de se réconcilier avec lui-même. Et si l’on empruntait la même méthodologie pour enterrer les années de plomb économiques ?

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