Cadrage : Le retour du politique

Le gouvenement Jettou a tenu hier son premier Conseil. Celui-ci devait être consacré essentiellement à la préparation de la déclaration que le nouveau Premier ministre présentera au Parlement dans les prochains jours. Ce sera le premier acte politique majeur du nouvel exécutif et qui est très attendu par tous ceux qui s’intéressent à la vie politique nationale.
Dans cette déclaration, Driss Jettou devra traduire en plan de travail et en projets d’actions les recommandations qui lui ont été faites par Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de sa nomination, le 7 octobre dernier. Ce sera, en fait, l’occasion pour le nouveau chef du gouvernement de justifier réellement la mission spécifique qui lui a été confiée, lui qui n’a pas l’onction des urnes et qui n’est pas comptable de ses actes devant une quelconque instance partisane. Il dira en quelque sorte en quoi un profil comme le sien, dans les circonstances actuelles du pays, convient mieux aux intérêts supérieurs de la nation qu’une personnalité issue de la classe politique traditionnelle.
Il s’agit concrètement d’expliquer et de démontrer que dans la phase actuelle, les priorités et les urgences d’ordre économique et social nécessitent un dispositif d’exception qui vise à sortir le débat des considérations partisanes et de le situer au niveau du traitement pragmatique de choc qui ne subit pas les pesanteurs et les tiraillements d’ordre partisan et politicien.
Mais, au même moment, et dans le droit-fil du cahier de charges de Driss Jettou en termes de respect du verdict des urnes et de la volonté de ne pas dilapider les acquis politiques et symboliques du scrutin du 27 septembre, le Premier ministre veillera à rassembler autour de son programme de gouvernement une majorité politique confortable qui devra faire preuve d’engagement, de dynamisme et d’initiative dans le soutien du gouvernement et de ses actions.
Ce sera en quelque sorte la validation du technocratique par le politique, alors que durant les semaines qui viennent de s’écouler le processus était plutôt l’inverse : il s’agissait pour les partis politiques éligibles à la participation au gouvernent de faire valider leurs candidats par le technocrate Jettou. Mais, au-delà de ces considérations formelles et quelle que soit l’importance de celles-ci, du moins aux yeux des acteurs immédiats concernés par ces rapports de force, l’enjeu de la période qui s’ouvre est de mettre en oeuvre un programme de gouvernement, réaliste, volontariste, visible et se traduisant par des mesures concrètes qui rétablissent la confiance des opérateurs économiques et des investisseurs, qui dynamisent l’activité économique et qui apporte des débuts de réponses aux graves problèmes sociaux, notamment les fléaux du chômage endémique, de l’habitat insalubre, de l’analphabétisme et de l’aggravation de la grande pauvreté.
Seules des avancées sensibles sur ces dossiers urgents et très attendus valideront réellement l’équipe et la méthode Jettou. La forme d’une telle caution sera résolument politique et aura pour arène le Parlement. C’est là une évidence et un processus irréversible qui consiste à réhabiliter le politique et à le doter des attributs et des conditions d’épanouissement lui permettant d’incarner réellement, à l’avenir, l’ambition de renforcer la démocratie dans le pays et de lui assurer la plus large adhésion populaire.

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