Cadrage : L’homme engagé

De quel lieu peut parler un intellectuel comme Edmond Amran El Maleh et quelle portée a son cri du coeur et de la raison ? Éveillé très précocement à l’engagement, sous sa forme activiste d’abord, en tant que combattant dans les rangs du mouvement national pour l’indépendance, puis en tant que militant dans les rangs du parti communiste marocain, il va, ultérieurement, s’adonner davantage à une autre forme d’engagement, celle de l’intellectuel dans la cité. Attentif aux vibrations et mouvements de la société où il vit, et d’abord à la société marocaine, dans ses dimensions à la fois réalistes au quotidien, comme dans les tréfonds des strates de son imaginaire et de sa mémoire collective, El Maleh est d’abord un témoin vigilant et audacieux. Il témoigne de cette sérénité de l’homme, lorsqu’il vit sa condition d’homme comme une incarnation de l’honneur, de la dignité et de la générosité. Il s’accomplit aussi en faisant office d’éclaireur, de décrypteur de signes, de médiateur entre nous et les mystères, à commencer par celui de la magie de l’écriture lorsque celle-ci signifie un bonheur de dire, une plénitude de sens et une raison de vivre.
Alors, lorsqu’il dénonce les crimes de Sharon et lorsqu’il rappelle que ce n’est pas là le fait isolé d’un psychopathe ou d’une exception fortuite, mais bien de l’éclosion d’une idéologie sioniste, délibérée et préméditée, ses propos n’en ont que plus de poids et de vigueur. Parce que justement, cette idéologie de négation de l’autre va à l’encontre de tout ce en quoi il croit, lui, El Maleh, l’humaniste, le témoin du temps passé et du présent, l’éclaireur des prémonitions, l’interprète des balbutiements de l’histoire, le dépositaire d’une mémoire séculaire.
Il nous dit que nous sommes confrontés à une tragédie qui va marquer le siècle passé et le temps présent. Que la tragédie de Jénine est à la fois le symbole et l’allégorie des crimes commis par Sharon et ses affidés. Il exprime aussi sa conviction que ces crimes ne seront jamais oubliés, ni pardonnés, malheureusement.
C’est de sagesse qu’il est question ici. Mais ce n’est certainement pas de résignation que l’homme parle. Au contraire, il ne cesse de démontrer par son propre comportement, avec d’autres intellectuels engagés comme lui, la nécessité de l’engagement, de l’action, sous toutes ses formes, et d’abord, du point de vue de l’intellectuel, à agir sur l’imaginaire, sur les valeurs culturelles, sur le ressourcement de l’homme dans le creuset de la connaissance et de la culture.
C’est là aussi que réside un grand chantier de l’ignorance, de l’aliénation, de la méconnaissance de l’autre et de la mystification auquel il faut s’attaquer ensemble, pour barrer la route aux idéologies de destruction et de négation. Par ce travail pédagogique, par cette forme d’engagement sans calcul ni ambiguïté, El Maleh continue à graver dans nos mémoires et nos coeurs son message de courage, de mémoire et d’indignation face à l’horreur et à la folie meurtrière de Sharon qui impose la mobilisation de tous les instants, de toutes les femmes, de tous les hommes de bonne volonté.

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