Deux jeunes témoignent

L’un s’appelle Zakaria Ennigrou, l’autre Oueslati Fathi. Le premier est Marocain. Le second, Tunisien. Ils sont tous les deux nés à Bastia et vivent dans la rue droite. Ils ont une idée fixe: quitter l’île. Ils expliquent les motivations qui les ont portés à l’exode. “Seuls les Arabes soumis peuvent vivre en Corse. Nous ne sommes pas des soumis”, dit Zakaria, lycéen âgé de 19 ans. Oueslati, un ouvrier âgé de 21 ans, renchérit : “quand je croise un Corse dans la rue il s’attend à ce que je baisse les yeux. Je ne baisse jamais les yeux”.
Tous les deux s’opposent au modèle de vie de leurs parents. “Nous, on veut vivre”, clament-ils de concert. Ils affirment que le racisme a toujours existé en Corse, mais qu’il n’y avait pas besoin de l’afficher tant que les Maghrébins rasaient les murs. “Avant, nos parents vivaient dans des baraques et circulaient en bicyclettes. Ils jouaient parfaitement le rôle qu’on attendait d’eux”, indique Oueslati qui se targue de réfléchir “avec sa tête”.
A l’opposé, Zakaria parle avec ses tripes. Il accable tout le monde : “le consulat du Maroc n’a rien à foutre ici. Nos parents sont trop dociles”. Les deux jeunes se font pourtant du souci pour leurs parents: “chaque fois que l’on quitte la rue, nos mères ont la trouille”. Le Tunisien se promène avec un pitbull qui porte un ruban noir autour du cou. Il aime le cinéma et particulièrement les films américains qui traitent du racisme contre les Noirs. “Je les regarde tout le temps, parce que je m’y retrouve”. Quand on leur parle des arguments de ceux qui disent que les actes racistes se sont intensifiés contre les Arabes, “parce qu’ils vendent de la drogue”, les deux jeunes réfutent avec vigueur ces propos. “Oui, c’est vrai on “vend du haschich ici, mais les Corses vendent de la drogue dure là-bas et tout le monde le sait”, s’indigne Zakaria. “Personne n’est dupe”, ajoute Oueslati qui montre la paume rugueuse de ses mains: “Ce sont des mains de vendeur de shit!”, répète-t-il. “Tous les prétextes sont bons pour casser de l’Arabe. Bientôt ce sera la Côte d’Ivoire ici”, s’exclame Zakaria. Les deux jeunes disent qu’ils n’attendront pas que cela arrive. Oueslati a déjà un plan. Il rejoint l’été prochain son oncle à Toulon pour travailler dans un snack. Et Zakaria est impatient d’avoir son bac pour “se barrer”.

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