Éditorial : Anticipation

L’opération de rachat par l’ONA auprès de la Sopar (société marocaine des participations) de la holding OGM des Kettani n’en finit pas de susciter l’intérêt des milieux bancaires et financiers marocains. Passé le moment de surprise, les langues commencent à se délier pour saluer une action jugée aussi courageuse que novatrice dans un contexte national qui n’avait pas l’habitude jusqu’ici de ce genre de regroupement. C’est une première du genre. En sa qualité de président du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), Othman Benjelloun, par ailleurs patron de la BMCE bank, a rendu “hommage aux groupes ONA-BCM et Ketanni pour avoir abouti à un accord devant donner naissance à un groupe financier de premier ordre tant à l’échelle nationale qu’internationale“. En substance, M. Benjelloun considère que c’est le Maroc et son économie qui en sortent gagnants. Les héritiers de Moulay Ali Kettani, fondateur de la Wafabank, étaient-ils obligés de céder leurs participations à la BCM ? À première vue, la réponse est non. Car l’OGM, qui regroupe les participations des Kettani à Wafabank et Wafa Assurances, ne connaît pas apparemment de crise financière aiguë qui aurait rendu nécessaire une telle cession. Mais dans le communiqué commun BCM-Sopar officialisant cette acquisition, les Kettani expriment juste leur volonté de conserver “marocaines“ leurs activités financières avec le souci de se redéployer sur de nouveaux métiers. Certains spécialistes des arcanes de la finance expliquent que les actionnaires de l’OGM ont anticipé sur l’avenir, conscients qu’ils sont que le capital familial a peu d’avenir dans un monde mondialisé où seuls les grands ensembles structurés et modernes ont les moyens de consolider leurs places sur les marchés et d’en conquérir d’autres. Dans ce cas, les groupes familiaux marocains sont appelés à emboîter le pas aux Kettani sous peine de disparaître ou d’être absorbés par des entités étrangères. Etre avalé par un groupe étranger est la pire des choses qui puisse en effet arriver à une entreprise nationale de référence. Est-ce pour éviter cette éventualité que les patrons de l’OGM se sont offerts à une hoding marocaine ? D’aucuns pourront objecter que le Royaume a bel et bien permis par le biais des privatisations et des concessions à nombre de sociétés étrangères (Lydec, Maroc Telecom, Altadis, Accor…) de contrôler une partie de son tissu économique et industriel. Mais est-ce la même chose quand il s’agit du système financier ? Certainement que non. Les banques étant le symbole de souveraineté de tout pays et sa locomotive vitale sans lesquelles il ne saurait y avoir ni économie, ni croissance, ni richesse. Autrement dit, la banque est une affaire trop stratégique pour ne pas la protéger des appétits extérieurs. Il faut au moins se doter d’un pôle financier d’excellence capable de soutenir la concurrence étrangère. C’est pour cela que le coup de maître de l’ONA, qui débouche sur la création d’un “champion national“ maroco-marocain , ressemble à un sursaut des pouvoirs publics et des autorités monétaires nationales dans la perspective du rouleau compresseur de la mondialisation et de la toute-puissance des multinationales qu’elles soient européennes ou américaines.

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