Éditorial : dépendance chronique

Gouverner c’est pleuvoir. Cette lapalissade de Lyautey appliquée sur le Maroc trouve encore tout son sens dans la situation difficile du début de la campagne agricole 2005-2006. Des barrages désespérément vides, une agriculture irriguée coûteuse en eau et qui devra compter avec la clémence du ciel, un ministère qui peaufine tant bien que mal son assurance-sécheresse redevenue devant l’urgence une assurance multi-risques. Bref, la situation est inquiétante. Quand le barrage Al Massira, qui compte parmi les plus grands ouvrages hydriques du Royaume, poumon de la Chaouia, est vide aux deux-tiers, et que le Wahda au Centre réunit péniblement la moitié de sa capacité normale, ce sont tous les agriculteurs qui s’interrogent. Pour le moment, le ministre de l’Agriculture, empêtré dans les dossiers de la pêche, des négociations avec l’Union Européenne et de la grippe aviaire, tarde à annoncer le détail de son plan d’urgence au cas où la situation serait vraiment critique… Car, à la direction de la météorologie, on ne s’embarasse pas de formules pour dire à tout le moins qu’il faudrait encore attendre avant de voir les plaines du Centre et les plaines océaniques, greniers du Maroc, arrosées par des pluies abondantes. La faute aux nuages absents sur ces régions et concentrés sur le littoral méditerranéen et vers le Sud, là justement où il n’y a pas de barrages et où l’agriculture intensive, celle qui fait vivre plus de la moitié des Marocains, a élu domicile.
Ces périmètres irrigués qui concentrent l’essentiel des activités agricoles risquent de vivre une année particulièrement difficile. Les agriculteurs marocains, peu gâtés par le ciel, ont connu toute une série de sécheresse depuis les années quatre-vingt-dix. Devoir subir une nouvelle saison de vaches maigres serait au-dessus de leurs moyens au moment où ils sont plus que jamais acculés à développer leurs activités dans une économie mondiale très compétitive. Des pénuries en eau qui ont très fortement pénalisé leurs activités au point que dernièrement, l’idée d’une reconversion des cultures céréalières «hydrogivores» en cultures arboricoles a vu le jour. Le plan, qui devrait coûter la bagatelle de 3 milliards de DH a été annoncé il y a quelques mois. Reste à souhaiter l’adhésion massive des fellahs.
Des milliers d’hectares irrigués où les investissements se comptent par milliards vivent ainsi dans l’attente des ondées bienfaitrices à même d’étancher la soif des terres, des bêtes et des hommes.
Des pluies nécessaires pour une bonne récolte. Les stratèges du ministère des Finances prévoient pour l’année 2006 une croissance de 5,4%. En parallèle, les ingénieurs du secrétariat d’Etat à l’Eau prévoient un déficit pour la majorité des périmètres irrigués allant de 47 à 96%. Par conséquent, dans les prévisions comme dans les faits, c’est la pluie qui manque le plus au paysage national.

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