Éditorial : Fini le parti de papa

Le nouveau projet de loi sur les partis, concocté par le ministère de l’Intérieur, n’a pas été bien accueilli par la communauté des principaux concernés. C’est le moins que l’on puisse dire. Aussitôt rendu public, ce projet a été mis en joue et les premières salves ont retenti dans une tentative de le discréditer avant même sa discussion au Parlement. Alors que lui reproche-t-on exactement ? Rien de précis sinon qu’il renfermerait “la volonté perverse“ de l’administration de mettre au pas et de contrôler les partis marocains. Le complot. Rien que ça.
Or, une première et profonde lecture du texte révèle plutôt le contraire : un désir de préparer les partis à une restructuration devenue nécessaire en termes de leur financement, de transparence de leurs rouages et de reddition des comptes. Cette plate-forme dessine les contours d’une vraie mise à niveau certes technique mais de nature à ouvrir la voie à une réorganisation politique de telle sorte que les formations jouent leur véritable rôle. Si ces objectifs-là ne sont pas louables, alors le ministère de l’Intérieur cherche effectivement à les mettre (les partis) sous sa coupe!
Ce procès en arrière-pensée fait à un document pas encore définitif est parlant, nous renseignant sur l’état d’esprit d’une partie de la classe politique marocaine : on voudrait maintenir le statu quo qu’on ne s’y prendrait pas autrement. La situation actuelle du paysage partisan, dont personne ne conteste les tares et les insuffisances chroniques à part peut-être les concernés, semble arranger ces derniers. Pourquoi changer une donne qui gagne ? Pourquoi bousculer des habitudes et des réflexes bien ancrés et souvent rentables pour certains ? Hormis quelques cas, les partis politiques, tels qu’ils existent et fonctionnent au Maroc, sont des coquilles vides. Sans programme ni vision, gérés comme des boutiques, incapables d’écrémer l’élite du pays, ils organisent de ce fait la dépolitisation en masse de la société. C’est là l’héritage laissé par l’ancien ministère de l’Intérieur qui a privilégié pendant des décennies l’allégeance à la compétence, favorisant l’émergence de faux partis et de pseudo-hommes politiques avec le consentement de ce qu’il faut bien appeler des clubs où tout s’exerce sauf la démocratie interne.
Le Maroc nouveau pour avancer a obligation de tourner définitivement le dos à cette mascarade et pousser vers une ambitieuse réorganisation du champ politique sur des bases saines et transparentes.
C’est cette réforme-là, pour laquelle ont plaidé à de multiples occasions les plus hautes autorités du pays, qui apparemment fait peur à ceux qui sont assis sur des rentes de situation dans un confort s’accommodant de tous les abus et de toutes les irresponsabilités.
Vu que le nouveau projet a suscité les grondements de la classe politique, il faut s’attendre à ce que les députés soient tentés par une réforme à minima qui viderait le texte de sa substance. C’est pour cela qu’il convient de mener cette refonte indispensable de manière volontariste.

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