Éditorial : Hégémonie

Le président Bush est allé jusqu’au bout de son raisonnement pervers et paranoïaque. Les USA, pays défenseur des libertés et des droits humains, a déployé dans la région du Golfe et alentour 255.000 hommes appuyés par plus de 700 avions, des hélicoptères, des navires et des chars. La destruction de l’Irak, et non du régime de Saddam Hussein, constitue un objectif stratégique majeur du puissant Oncle SAM. En remontant un peu l’histoire, l’on découvrira que les Américains étaient devenus les champions des droits de l’Homme au début du 20ème  siècle en s’octroyant la défense du droit à l’autodétermination. Au même moment, ils portaient le coup de grâce aux derniers indiens à avoir survécu au génocide. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’étiquette deux poids deux mesures sera collé à la politique internationale des Etats-Unis d’Amérique. Le déclenchement des hostilités envers l’Irak a provoqué une série de vives réactions, notamment du Vatican et de la Chine, et de manifestations dans le monde entier. Il en faut beaucoup plus pour stopper les raids des F117 et les missiles Tomahawk et Cruz. Les victimes civiles ?
Dans l’esprit des stratèges hyper-pragmatiques de Bush, les victimes ne sont qu’une triste réalité de la guerre. La perspective d’une domination américaine du monde entier l’emporte sur tout autre forme de raisonnement. Enracinée dans un passé qui lui confère sa spécificité, l’Amérique n’est sensible au destin des opprimés que s’il se trouve au milieu de puits de pétrole. Durant les années précédentes, l’Oncle SAM avait l’habitude de faire tenir la chandelle par ses alliés à chaque fois qu’il la brûlait des deux bouts. Aujourd’hui, à part la Grande-Bretagne, les seuls alliés de Bush sont ses conseillers et les lobby de pétrole et de l’industrie militaire. Une poignée de milliardaires texans flanqués de leurs acolytes issus des meilleures universités américaines et qui ne raisonnent qu’en chiffres.
Il a fallu du temps pour que cette hypothèse se fît une place, qu’elle fût acceptée, car elle contredit tous les fondements de la démocratie universellement requise. Le monde entier a dit non à la guerre, mais il ne constitue pas (selon les principes de la nouvelle démocratie américaine) une majorité suffisante pour faire renoncer Bush, maître annoncé de l’univers, en ce début de siècle. Sans doute faut-il voir dans la démarche du président américain de détruire l’Irak le souci de se justifier à ses propres yeux et à ceux de ses proches. Mais aussi le désir de rétablir une vérité longtemps controversée par les déclarations tonitruantes des uns et les récits médiatiques des autres. Bush a défié le monde.
Certes, tout défi comporte un risque, mais celui-ci a une dimension à la fois injuste et tragique. Est-ce que ces soldats envoyés pour l’invasion de l’Irak défendent leur nation contre une quelconque menace ?
Ou est-ce que l’héroïsme à distance avec la vie des autres est toujours infiniment plus facile ? La brèche est ouverte entre les Etats-Unis et le reste du monde, et l’Histoire gardera à jamais la notion hégémonique jamais égalée, compte tenu de l’évolution des droits humains depuis la Deuxième Guerre mondiale. A voir comment l’administration Bush a traité ses alliés et comment elle a ignoré l’organisation de l’ONU, il n’y a pas beaucoup d’illusions à se faire sur l’avenir du nouvel ordre mondial.

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