Éditorial : Jeune garde

Le Maroc doit diversifier ses marchés pour ne pas dépendre des pôles traditionnels. Disons-le tout de go, c’est de cette vision que procède le périple royal dans certains pays d’Amérique Latine. Il s’agit d’une tournée visant à consolider les liens politiques et économiques avec une région immense et riche en potentialités qui a échappé jusqu’ici à une prospection sérieuse de la communauté marocaine des affaires. Justement, une délégation d’opérateurs économiques accompagne le Souverain dans son voyage : douze capitaines d’industrie issus de différents secteurs d’activité dont ils sont leaders, chargés de donner avec leurs homologues sud-américains un contenu à la coopération entre les deux parties. Et ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Bien au contraire. Ce qu’il faut ce sont des hommes qui agissent en véritables investisseurs avec tout ce que cela suppose comme flair, risque et courage. Surtout que le patronat traditionnel montre depuis quleque temps des signes d’éssoufflement qui révèlent une crise certaine de représentativité. Triée sur le volet, l’équipe d’hommes d’affaires faisant partie de la délégation royale incarne le nouveau visage du capitalisme marocain : une jeune garde qui aspire non seulement à prendre du grade mais nourrit l’ambition de faire les affaires autrement, à rebrousse-poil de cet esprit de rente et ces réflexes du gain rapide qui ont la peau dure. C’est de cette génération d’entrepreneurs et de managers, inscrits de plain-pied dans la démarche royale dont a besoin le pays pour lancer de grands projets productifs en termes d’emplois et de valeur ajoutée , créer des joint-ventures utiles avec leurs homologues étrangers et partant renforcer les structures économiques du pays.
La mise à niveau de l’économie nationale, pour le moment une notion vague, gagnera en substance et se fera avec un investissement novateur ou ne se fera pas. Le Maroc prendra son envol avec la constitution de fleurons et des champions nationaux qui serviront de point d’ancrage du fait économique et commercial du pays en le mettant à l’abri des vicissitudes du temps.
Les multiples défis de la mondialisation, qui n’a pas seulement que des aspects négatifs, imposent au Maroc une nouvelle approche de son avenir. Ce ne sont pas les “coups“ponctuels ou les “belles affaires“ offertes par le négoce ou l’import-export dans un certain nombre de secteurs qui vont créer les richesses nécessaires au développement du pays.
Force est de constater que cette vision archaïque des affaires a enfanté juste des riches et des rentes de situation sans grande incidence sur l’économie nationale. Cependant, le désengagement du Maroc d’un nombre important de secteurs au profit d’entités étrangères, conjugué à la signature d’accords de libre-échange avec nombre de pays comme les États-Unis doit pouvoir être contrebalancé par la naissance d’autres groupes nationaux et le renforcement des entreprises existantes. Autrement, cette politique de cession restera assimilée à la vente par un État impécunieux des bijoux de famille dictée par le besoin de faire face aux dépenses publiques. D’où la nécessité de réfléchir à des ressources pérennes qui mettent le gouvernement à l’abri de la tentation des privatisations faciles. Le Maroc est au milieu du gué. Il est condamné à réussir.

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