Éditorial : La revanche des petits

Les délocalisations d’entreprises et d’activités affluent vers le Maroc à un rythme soutenu. Une aubaine pour l’économie réceptrice mais une menace du tissu économique du pays émetteur. Alarmée par ce phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur, la France compte multiplier les avantages fiscaux pour retenir sur place les sociétés tentées par l’expatriation vers le Royaume et les pays de l’Est où les coûts de production sont beaucoup moins élevés comparativement à l’Hexagone. Ces mesures incitatives suffisent-elles à imposer un frein d’arrêt à ce qui ressemble à une «fuite des entreprises»?
Sans conteste, les délocalisations sont une conséquence directe de cette mondialisation rampante et triomphante censée profiter le plus aux nations développées qui, à la faveur du démantèlement des droits de douane et l’abolition des frontières, inondent de leurs produits divers, de qualité et moins chers, les pays sous-développés ou en voie de développement. Voilà que les économies du tiers-monde en particulier, à coup de dumping fiscal et social, deviennent attrayantes pour les entreprises du monde occidental.
Belle revanche des plus faibles sur les puissants ? Une chose est sûre: la mondialisation n’a pas fini de chambouler la donne économique mondiale et d’aiguiser les appétits des capitaines d’industrie. En fait, la mondialisation sous l’angle des délocalisations montre de nouveau une chose essentielle : le capital est par essence frileux. Il n’a pas de nationalité, encore moins de sentiments. Volatile, il émigre là où il peut gagner beaucoup d’argent à moindres frais. Avec l’accélération du rythme de ces déménagements économiques d’un genre nouveau, les candidats au départ issus du tiers-monde, en mal de situation professionnelle chez eux, n’auront plus à se donner tant de mal en émigrant clandestinement pour s’installer sous des cieux jugés plus cléments. Ce sont les employeurs du Nord qui sans se faire prier et de manière volontariste, qui opèrent le mouvement inverse en allant à la rencontre d’une main-d’oeuvre à vil prix et corvéable à merci. Les rôles sont en train de s’inverser pour le plus grand profit des pays pauvres.
Cette évolution rappelle que le déplacement des capitaux, libre comme le vent, ne trouve jamais sur son chemin d’obstacles insurmontable contrairement à celui des hommes qui ne cesse d’être freiné par divers moyens coercitifs. Après avoir lancé la politique de la marocanisation dans les années 70 qui a vu nombre de sociétés françaises passer entre les mains d’une poignée d’opérateurs marocains, voilà que les entreprises françaises reviennent en force dans l’économie marocaine soit par le jeu des délocalisations soit par celui des concessions. Là aussi, extraordinaire retournement de situation. Tout porte à croire que ces groupes venus d’ailleurs vont tailler des croupières au tissu industriel local dont la souffrance a commencé déjà il y a quelques années.
Aux pouvoirs publics marocains de savoir tirer le meilleur de la mondialisation tout en assurant les conditions objectives de la protection des petites et moyennes entreprises nationales.

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