Éditorial : Lâchetés

L’attentat à la voiture piégée perpétré, samedi 8 octobre, contre un complexe résidentiel de Riyad et qui a fait 11 morts et 122 blessées, a suscité la consternation partout à travers le monde. Au Maroc, ces attaques terroristes ont ravivé des souvenirs particulièrement douloureux en liaison avec les attentats-suicides qui ont frappé le 16 mai plusieurs endroits à Casablanca. L’inquiétude est d’autant plus vive que quatre jours plus tôt, la capitale saoudienne avait été la cible d’opérations similaires. Une concomitance qui n’avait pas alors échappé aux observateurs et aux experts qui ont décelé dans les deux événements, celui de Riyad et celui de Casablanca, la même signature criminelle. Celle des réseaux terroristes d’Al-Qaïda de Oussama Ben Laden. Voilà que cette organisation frappe de nouveau Riad en tuant des innocents. Sans verser dans une paranoïa de mauvais aloi, les services de sécurité doivent redoubler en ce moment précis de vigilance. Les Marocains sont appelés à faire preuve de prudence. Car le spectre du terrorisme aveugle plane toujours malgré les campagnes de ratissage musclées opérées dans les milieux de la Salafia Jihadia depuis le 16 mai. Les attentats de Riyad ont eu lieu en plein Ramadan, un mois normalement propice au recueillement et à la piété. Mais les sicaires du milliardaire saoudien ne croient en rien dès qu’il s’agit de satisfaire leurs pulsions meurtrières. Pour eux, cette période sacrée est un moment propice pour répandre la terreur. Car elle favorise, en raison du jeûne, la nonchalance des hommes et partant le relâchement de la vigilance des forces de l’ordre. Selon des sources concordantes, les Etats-Unis ont mis en garde avant la dernière attaque de Riyad nombre de pays arabes où les réseaux d’Al Qaïda sont actifs contre le risque d’opérations terroristes. Une alerte que les autorités marocaines doivent prendre au sérieux afin de prévenir éventuellement les plans des nouveaux barbares. Embrigadés et fanatisés, ces derniers sont connus pour ne reculer devant rien du moment qu’ils sont prêts à mourir et à tuer. Aucun pays n’est à l’abri du terrorisme aveugle. Le Maroc qui en a fait les frais est toujours meurtri dans sa chair et dans son âme. Le terreau est toujours favorable aux extrémismes nourris par diverses frustrations et entretenus par certains courants politiques. Ces derniers aussi bien par les discours islamo-populistes de leurs dirigeants que par une politique d’endoctrinement sous couvert d’activités éducatives et sociales ont contribué à installer un climat malsain dans le pays. Aussi étrange que cela puisse paraître, le pays n’a pas vraiment tiré les enseignements nécessaires des événements tragiques du 16 mai. La mobilisation des Marocains lors de la marche nationale de Casablanca contre le terrorisme n’a pas été reflétée dans les urnes à l’occasion de communales de septembre. Bien au contraire. Malgré sa participation relative à ces échéances, le PJD qui a réalisé une belle percée électorale. Mieux, certains partis y compris ceux qui se réclament des valeurs de progrès et de démocratie ont trouvé normal de nouer des alliances avec les élus islamistes dans nombre de conseils municipaux. Comme quoi, l’intégrisme ne se nourrit pas seulement de la misère et de l’ignorance, il se dope aussi aux lâchetés et aux compromissions de ceux qui sont censés lui barrer la route.

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