Éditorial : Le pari difficile

Le ministre des finances, Fathallah Oualalou, a manipulé les chiffres économiques avec aisance sans cacher un satesficit démesuré par rapport à la réalité du terrain. Par contre, personne ne connaît l’appréciation personnelle du Premier ministre Driss Jettou, sur l’état de santé de l’économie nationale.
Depuis sa nomination à la primature, cet homme travaille dans la discrétion dans des grands chantiers qui nécessitent pourtant une meilleure communication. ‘L’état de grâce est terminé pour ce gouvernement qui tarde à donner forme à une équipe homogène.
D’autant plus que la conjoncture nationale, politique et économique, est morose et que l’attentisme dérange de plus en plus les opérateurs économiques. Encore faut-il rappeler que le spectre de la guerre en Irak avec toutes les retombées attendues sur l’économie mondiale vient compliquer davantage une conjoncture déjà fort complexe. Dans ce registre de communication direct seuls les dirigeants de la CGEM s’aventurent, avec brio d’ailleurs, à crever l’abcès du silence inflationniste. Un silence qui ébruite la rumeur grandissante de mauvaises et fausses nouvelles qui sèment la suspicion chez les décideurs économiques mais aussi et surtout au sein de la société. Il ne faut pas être sorcier pour diagnostiquer les maux de notre économie comme les deux mémorandums de la CGEM l’ont faits noir sur blanc.
Faute d’une opposition politique consistante, la mission d’interpellation du gouvernement revient, de fait, au patronat qui l’assume d’ailleurs avec responsabilité et perspicacité. Le premier mémorandum a été publié juste avant les élections législatives et a été largement repris par les partis et plus tard par le gouvernement. C’est ce qui a poussé les dirigeants de la CGEM à peaufiner davantage ce document pour le détailler au maximum et le convertir en un véritable programme politique. Il ne faut pas croire que ce document retrace uniquement les traditionnelles revendications, somme toute légitimes, du patronat. Mais il va encore plus loin en détaillant les failles de la stratégie économique de l’Etat tout en proposant des solutions concrètes pour qu’elle soit plus visible. Tout a été passé au peigne y compris la compétence des décideurs qui coiffent des dossiers de la privatisation, du foncier et tout ce qui a trait à l’investissement. Le président de la CGEM, Hassan Chami, ne va pas avec le dos de la cuillère pour dire la vérité des chiffres et les contraintes des échéances. Il faut passer à l’acte et appliquer les réformes prioritaires sinon l’économie marocaine aura beaucoup du mal à décoller.
Il faut repenser la stratégie économique de l’Etat, assouplir la législation de travail, supprimer le monopole et surtout rendre la justice plus opérante.
Tout un programme que le patronat estime réalisable si le gouvernement y met de la volonté. Encore faut-il que Driss Jettou puisse résoudre l’équation complexe de concilier les aspirations du patronat avec les revendications syndicales et les contraintes budgétaires et politiques. Le Premier ministre risque en outre de ne pas atteindre ces objectifs s’il n’est pas soutenu vigoureusement par ce même patronat qui se montre de plus en plus pressant .

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