Éditorial : Le quidam de dimanche

Éditorial : Le quidam de dimanche

Un jeune Marocain subissant un passage à tabac méthodique par trois policiers qui n’ont arrêté leurs coups de poings et de pieds d’une rare dureté  qu’une fois la victime à terre, inerte. Avant de s’effondrer, Moulay Amer Idrissi, 37 ans, lâche des cris d’orfraie. Grièvement blessé, il sera hospitalisé.
La scène, filmée par un témoin à l’aide de son téléphone portable, s’est déroulée un dimanche dans la localité de Sassuolo dans le nord de l’Italie. Un  journal local a révélé cette histoire consternante en lui consacrant sa Une.
Un tel acharnement des “carabinieri“ (gendarmerie italienne) est incompréhensible. Scandaleux. A priori rien ne justifie ce grave comportement à l’encontre d’un individu sans défense même s’il a commis le pire des forfaits. Mais dans le pays de Berlusconi, les droits de l’Homme dès qu’il s’agit de “Marocchini“, on s’assoit  visiblement dessus. Au lieu d’être arrêtés et traduits en justice pour une sanction exemplaire, les trois agresseurs en uniforme ont seulement été mis en congé. L’impunité totale. Ce n’est pas tellement grave, c’est juste un pauvre immigré, mi-ivre, mi-fou, qui a été corrigé. Circulez il n’y a rien à voir.  Ce n’est pas le visage tuméfié et quelques os brisés, ou même la mort de ce quidam, qui risquent de faire perdre les prochaines élections à Silvio Berlusconi. Pas d’enjeu donc. Pas de quoi fouetter un chat. Mais que la même indifférence soit de mise au Maroc, cela a quelque chose d’indécent. Aucun communiqué officiel de dénonciation de cette barbarie subie par un compatriote par des policiers italiens. On n’a pas entendu à ce sujet la voix fluette de l’USFP Nouzha Chekrouni, pourtant ministre déléguée chargée des Marocains de l’étranger, d’habitude moins taciturne. Il faut dire aussi que la défense des droits de la victime passée à tabac comme un chien relève d’un registre plus délicat qui se prête très peu au confort médiatique et aux discours faciles. Sur ce chapitre, il faut mouiller sa chemise diplomatique, interpeller les officiels italiens. Mais, tous comptes faits, tant pis pour la victime des carabiniers.  Ce qui lui est arrivé ne doit pas après tout avoir une incidence significative sur les transferts en devises de “nos compatriotes de l’étranger“ qui sont en constante augmentation. En fait, tout se passe comme si les autorités marocaines étaient gênées aux entournures par cette affaire. Cette situation trouve-t-elle son origine dans la qualité de l’immigration marocaine en Italie réputée ne pas refléter le vrai visage du Maroc ? Une chose est sûre : l’image du Royaume en Italie n’est pas ce qu’elle doit être. Les Italiens jugent le Maroc et ses habitants selon le profil d’immigrés qu’ils rencontrent chez eux, pour la plupart des paysans qui n’ont pas fait d’études.  Mais qui en est responsable ? L’ambassade du Maroc à Rome rencontre des handicaps sérieux dans ce domaine.
Il importe pour les faiseurs de la diplomatie marocaine  de tenir un discours clair, objectif et sans fard sur cette émigration et se donner surtout les moyens de la tirer vers le haut.

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