Éditorial : Panne économique

Alors que le climat politique général du pays concernant la Cour spéciale de justice et les affaires, notamment celles du CIH et de la CNCA, change, les victimes de la démarche «éradicatrice», désormais abandonnée, croupissent en prison.
Le cas de Mohamed Feggane est emblématique à plusieurs égards de cette période. Il en est presque la caricature. Il ne s’agit pas de faire un plaidoyer ad hominem mais le destin de cet homme d’affaires est troublant alors que dans notre pays on parle, de nouveau, du retour de la confiance, de la relance des investissements et de la nécessité d’entreprendre.
Feggane dans l’exercice de ses affaires, strictement économiques et financières, a récolté 15 ans de prison ferme sur condamnation de la Cour spéciale de justice. Il n’a tué personne. Il n’est ni un tueur en série, ni un criminel sadique. Il a fait seulement du business – mal ou bien, peu importe désormais – mais cela l’a mené durablement en taule. La première fois, alors qu’il était en France, il récolte 20 ans par contumace. Tout de suite après cette condamnation, en 2000, il entre librement dans son pays pour se défendre. Ici, vous êtes chez vous. Au final et malgré son geste de bravoure, il écope de 5 ans pour le compte de la CNCA et 10 ans pour le compte du CIH.
Pour un monsieur qui était le roi des fruits et légumes à El Jadida, un opérateur connu à Bordeaux, et le prince de Rungis, son affaire a été vite emballée. Ses amis professionnels, ceux qui souhaitent l’aider, sont nombreux. Ils proposent des garanties. Lui-même est prêt à offrir des assurances sérieuses pour régler ses dettes auprès des banques. Mais personne, depuis le début de cette scabreuse affaire, ne veut de son argent. En prison, il semble plus rentable. C’est consternant. A quoi sert de mettre un homme d’affaires en prison ? À rien, surtout s’il peut payer et s’acquitter, honorablement et dans la dignité, de ses dettes.
Personne ne gagne dans ce type d’incarcération alors que nos prisons sont surpeuplées et nos investisseurs hyper frileux. Entre l’enclume de la Cour spéciale et le marteau de la Commission parlementaire d’enquête, personne n’a envie de jouer au Zorro de la valeur ajoutée ou au Jarod de la croissance. Tout le problème est là. Le cas Feggane par son caractère «typique» d’une procédure incertaine à la fois de servir des crédits et de punir, quand le climat se dégrade, les débiteurs est le facteur d’explication le plus probable de la panne économique que nous vivons. Si chaque entrepreneur est un Feggane en puissance, nous ne sommes pas encore tirés d’affaire.

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