Éditorial : un thé à Bouznika

Éditorial : un thé à Bouznika

L’été n’est pas seulement la période du farniente et de décrochage d’un Maroc nouveau qui ne perd pas le Nord. C’est aussi une saison propice aux rencontres politiques peu conventionnelles qui font naturellement transpirer à grosses gouttes tellement elles sont surprenantes dans un landernau politique à l’affût du moindre frémissement du pouvoir. Ainsi de ce rendez-vous ayant réuni récemment à Bouznika le ministre délégué à l’Intérieur Fouad Ali El Himma et deux figures du Parti socialiste unifié (PSU) Mohamed Sassi et Mohamed Hafid. Il n’était pas question à cette occasion de beau temps mais bien sûr de choses qui échappent pour le moment au consensus politique dans ce pays.
L’information a été publiée quelques jours après que la rencontre eut lieu. Mais on ne sait pas si cela correspond à une fuite organisée ou à un  désir sincère de communication ? Une chose est sûre : ce qui est qualifié en politique de bonne intention cache souvent des arrière-pensées. D’ailleurs,  dès que la nouvelle fut connue, une levée de boucliers a éclaté au sein du PSU dont un des membres a démissionné en guise de protestation.  L’intéressé a dû certainement vivre cela comme politiquement incorrect, voire comme un acte de trahison, une sorte de coup de canif à l’idéal fondateur du parti, à savoir la militance pour une nouvelle Constitution qui consacre le principe d’une monarchie qui “règne sans gouverner“ et celui d’un Premier ministre issu d’une majorité élue.
Formation jusqu’ici calme, mélange de courants gauchistes et d’anciens de l’USFP, tirant un motif de fierté du fait de faire de la politique en dehors des cercles du pouvoir,  le PSU prend du coup du relief à la faveur de son invitation à la table de M. Ali El Himma. A-t-il été invité à mettre de l’eau dans son vin ou à abandonner sa vision rigide de l’évolution constitutionnelle ?  De là à penser que c’est le début de l’intégration du PSU dans le “jeu“ et même de son entrée au prochain gouvernement, il n’y a qu’un pas que certains ont vite franchi.  
En fait, c’est le message subliminal de cette rencontre qu’il faut déceler. On sait que le Premier secrétaire de l’USFP Mohamed El Yazghi ne désespère pas de faire revenir l’extrême gauche dans le giron socialiste. Surtout que MM. Sassi et Hafid sont des anciens du parti qu’ils ont quitté lors du  6ème congrès de Casablanca en 2001 dans le sillage de Noubir Amaoui et ses partisans. Et puis, M. El Yazghi partage ces derniers temps avec le PSU la revendication d’une réforme constitutionnelle qu’il sort non sans arrière-pensées comme un préalable à la modernisation et même à la réhabilitation de la vie partisane nationale. Mais la gauche classique symbolisée par l’USFP paraissant s’être essoufflée avec l’exercice du pouvoir, c’est la monarchie qui prend aujourd’hui l’initiative d’intégrer cette gauche extrême comme il l’a fait pour les anciens prisonniers politiques, Driss Benzekri et ses amis.
Une révision de la Constitution est certes nécessaire ne serait-ce que pour instituer l’autonomie au Sahara et trouver une solution à une deuxième Chambre qui ne cesse de sombrer dans le ridicule. Mais S.M le Roi Mohammed VI, adepte de la rénovation politique du pays,  risque, le moment venu, de surprendre tout le monde y compris ceux qui ont fait du sujet une fixation presque maladive et un fonds de commerce nihiliste à la petite semaine.                   

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