Enterré vivant dans les camps de Tindouf

Le 11 août 1980, Abdellah Lamani, qui travaillait dans une fabrique d’allumettes à Casablanca quittait son lieu de travail et partit en congé. Il ne savait pas que quelques jours plus tard il serait en enfer. Pourtant, il ne faisait qu’effectuer un voyage à la petite ville de Tata qu’il n’avait jamais visitée auparavant bien qu’elle était la ville natale de son père. C’est le début de l’histoire d’un livre miraculeusement écrit et qui sortira prodigieusement des confins de l’horreur des camps de Tindouf.  Les mercenaires du Polisario se sont emparés du bus qui transportait le malheureux Lamani en compagnie de quelque 23 autres passagers. Pratiquement, tout ce que le bus contenait fut chargé sur des véhicules militaires, y compris les passagers ficelés comme des saucissons avant de mettre le feu au vieux bus et de prendre la direction du sud. Dès cet instant, les prisonniers marocains commencèrent à goûter la violence haineuse de leurs ravisseurs. Coups de pieds sur les visages et humiliations corporelles se
succédèrent le long de l’interminable trajet. Ce sont des membres de l’armée algérienne qui recevraient la livraison dont l’un d’entre eux fit vite d’enregistrer les noms complets et tous les renseignements personnels concernant chaque prisonnier.  A partir de ce moment, le long cauchemar qui ne faisait que débuter allait être régulièrement rythmé par des interrogatoires d’une sauvagerie inégalée. Le petit livre d’à peu près une centaine de pages reflète des tonnes de souffrances et de traitements inhumains infligés à des pauvres citoyens marocains dont le seul péché fut de se trouver au mauvais endroit à un moment plus mauvais. Leur destination fut le centre Rabouni, situé à 26 km au sud de Tindouf, tout près des puits qui alimentent la ville en eau potable. Là, ils vont retrouver d’autres prisonniers marocains, civils et militaires. Ils seront conduits plus à l’ouest vers un lieu appelé «El Aârd» où les bandes du polisario mettaient les armes, les véhicules, les débris d’avions, les cartes et portefeuilles et tout ce qu’ils dépouillaient aux marocains. Souvent, raconte Lamani dans un style spontané, des officiers algériens du service de la sinistrement célèbre sécurité militaire, déguisés en responsables sahraouis, organisaient des visites de journalistes et d’hommes politiques de pays sympathisants avec l’Algérie.
Des communistes du monde entier, des membres des organisations armées comme l’ETA espagnole, des palestiniens toujours conduits par Georges Habache. Même le fameux terroriste Jacques Mesrine a été emmené pour voir les détenus marocains, quelque temps avant sa mort. « Ceux qui nous visitent fréquemment et qui se réjouissent beaucoup de notre lamentable état sont les Libyens, les Cubains, les palestiniens, les Iraniens et les Syriens », raconte Abdallah Lamani. Chaque fois qu’il y avait des visiteurs, on faisait le rassemblement général. Si les visiteurs étaient Européens, on donnait à chaque groupe de dix personnes un seul rasoir pour se rendre présentable. Et pour se laver les visages et les mains, les 350 détenus du centre avaient droit à un paquet de 400 grammes de poudre de lessive!! « Même les Européens les plus dévorés par la haine contre le Maroc éclataient en sanglots quand ils nous voyaient ». Le leader révolutionnaire et progressiste palestinien et docteur Georges Habache avait fait des petits discours à l’honneur de ses frères marocains «Ce docteur, ou le sage de la révolution comme on l’appelle a dit que nous étions des agresseurs, des ennemis de la paix, des amis d’Ìsraël, de l’impérialisme américain et d’autres insultes qui démontrent qu’il n’a pas le moindre cheveu d’un sage» explique Lamani.
Les officiers, les pilotes et une centaine de soldats marocains capturés furent envoyés au centre Rabouni où ils subissaient de durs et intenses interrogatoires par les officiers algériens de la sécurité militaire. Ceux qui ont sous-faîte le plus, raconte Lamani, sont ceux qui étaient avec Abdel Mouniîm, responsable de la sécurité de la 3ème région. Pendant tout l’automne, ils utilisaient les détenus comme attelage animal pour labourer la terre.
A chaque charrue, ils attachaient quelques prisonniers qui la tiraient sous les violents coups des gardes durant toute la journée et une bonne partie de la nuit. Ce livre de petit volume mais de très grande importance est d’autant plus révélateur qu’il est avant tout destiné aux étrangers qui aident financièrement le polisario. Particulièrement le Parlement Européen et les ONG internationales. A découvrir absolument.

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