Le Maroc à l’assaut de Tindouf

Le Maroc à l’assaut de Tindouf

Le Sahara marocain est la première région du Royaume à obtenir un décrochage régional de la TVM pour des émissions spécifiques. Tout est prêt pour que les premiers pas de la télévision régionale s’effectuent au Sahara. Le personnel d’abord. Des castings ont eu lieu pour recruter une vingtaine de journalistes et animateurs, tous originaires des provinces du Sud. Le journal télévisé sera présenté par Radi Layli qui assure le 20 heures en arabe sur la TVM.
Le matériel qui permettra la mise en service de la station est également prêt. Il a été acheté pour un coût de 17 à 18 millions de dirhams. Le budget de fonctionnement de la station est tenu secret, mais selon une source bien informée : «rien ne sera épargné pour que l’expérience se déroule conformément au principe de décrochage régional tel qu’il est appliqué par les pionniers du genre comme France3». Un appel d’offres sera lancé pour la construction à Laâyoune du siège de la station régionale. Son budget «d’une dizaine de millions de dirhams est déjà prêt». Le décrochage n’attendra pas toutefois la construction du siège pour être opérationnel. Les émetteurs terrestres sont déjà mis en place. Ils vont assurer la couverture terrestre de toutes les villes du Sahara marocain. Pas besoin donc d’une parabole pour capter les émissions de la télé régionale dans les villes du Sahara. Les émissions en décrochage, d’une durée de trois heures, seront également transmises par satellite sur Arabsat. La chaîne satellitaire permettra d’atteindre des populations dans le sud de l’Algérie et en Mauritanie.
M. Bousserhane, qui travaille depuis 17 ans à la station radio de Laâyoune, est «tout indiqué pour assurer de façon provisoire la responsabilité des émissions en décrochage», selon la source bien informée. La date de lancement de la télé régionale «n’est pas encore arrêtée». Mais elle pourrait commencer à émettre le 6 novembre, date de la commémoration de la Marche verte.
Par ailleurs, le contenu des émissions en décrochage permettra aux téléspectateurs du Sahara de découvrir des images issues de leur région. Une grande place sera réservée à la culture locale : la hassania. A ce sujet, la chaîne s’appliquera à mettre en valeur la poésie et le chant hassasnis. Brahim Lhaissen, auteur d’un livre sur le patrimoine sahraoui, se réjouit beaucoup du lancement de cette chaîne. Mais il explique que l’expérience n’est pas inédite. «Il y avait déjà la station Al Massira à la fin des années 70 et elle a déçu par son caractère folklorique», dit-il. Il espère que le décrochage «va réserver un large espace à la culture populaire vivante, s’ouvrir aux créateurs».
Les programmes du décrochage seront soutenus, au début du lancement, par un fonds de la TVM : 60 heures d’archives relatives au Sahara marocain. La télé présentera aussi un journal télévisé spécifique à la région. Mais la grande innovation de la première télé régionale du Royaume demeure les émissions de débat. «La pente naturelle de cette télé, c’est l’audace des débats. Elle ne va pas cultiver la langue de bois», indique à ALM un responsable à Laâyoune. Il est attendu qu’elle contribue au rayonnement et au dynamisme de la région, ajoute-t-il.
Le degré d’audace des émissions en décrochage sera d’autant plus suivi par les observateurs que le lancement de la télé régionale peut être interprété comme le premier jalon de la mise en place du plan d’autonomie pour le Sahara. On sait que le Maroc juge inapplicable le référendum et lui oppose un statut d’autonomie viable, crédible et définitif au bénéfice de tous les habitants du Sahara. Ce statut d’autonomie s’exercera dans le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale du Maroc. La mise en service d’une télévision régionale participe-t-elle de l’esprit d’autonomie voulu aux régions du Sahara ? En tout cas, personne ne peut occulter sa portée politique.

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