L’enfer du pèlerinage

Evidence. Le pèlerinage aux lieux saints de l’Islam est un moment aussi rare que privilégié dans la vie d’un musulman qui doit se consacrer entièrement au recueillement et à la prière. Un moment qui présuppose un certain nombre de conditions et un minimum de confort qui permettent au pèlerin d’accomplir les rituels d’El Hajj en toute sérénité et recueillement. Mais ces conditions ne sont pas toujours réunies. Le grand pèlerinage s’en trouve souvent compromis. Plus d’une entrave et complication liées à l’organisation du pèlerinage viennent barrer le chemin des fidèles vers l’accomplissement du cinquième pilier de la religion musulmane. Et pour cause, les arnaques dont ce rituel sacré fait l’objet.
Théoriquement, les autorités saoudiennes mettent chaque année à la disposition du Maroc un quota de 30.000 personnes. La base est celle d’une personne par millier d’habitants. L’Etat, via le ministère des Habous et des Affaires islamiques, prend en charge 20.000 pèlerins. Les 10.000 autres pèlerins sont répartis entre les agences de voyages par le ministère du Tourisme. Le quota par agence est de 50 pèlerins.
Un chiffre qui peut être revu à la hausse pour atteindre 100 pèlerins dépendamment de la région que couvre une agence donnée. D’année en année le nombre des agences de voyages prestataires de services du Hajj augmente. Quelque 10 agences supplémentaires sont entrées en lice cette année. Le tout donne lieu à des spéculations et un marché noir qui s’activent durant cette période. Cette année, ils étaient soixante-douze candidats au pèlerinage dont quatorze Iraquiens a observer un sit-in devant une agence de voyage à Casablanca, en protestation contre l’abus de confiance et l’arnaque dont ils étaient victimes. D’autres candidats au pèlerinage d’un nombre de 120 avaient observé un sit-in devant le siège d’une autre agence de voyages pour le même motif. D’autres affaires similaires ont été remarquées à Safi et à Agadir. Et ce n’est pas en arrivant aux lieux saints que les désagréments cessent. Exténués après 6 heures de vol, les pèlerins doivent attendre entre 6 et 14 heures pour les formalités d’entrée sur le territoire saoudien et doivent par la suite subir des sociétés de bus qui leur sont imposées par les Saoudiens pour le transport. Un transport qui, souvent, a lieu dans des véhicules et des conditions déplorables. Pour les pèlerins qui voyagent avec l’Etat, le séjour ne comprend pas de pension et les pèlerins logent dans des chambres qu’ils partageront à 4 ou 6 personnes. Il sont donc livrés à eux-mêmes et n’ont droit qu’à un lit à ras le sol. Les voyagistes, eux, proposent toute une gamme de services, en fonction du prix que l’on serait prêt à payer.
A environ 38.000 DH, les pèlerins ont droit à une chambre triple dans des résidences bien équipées mais excentrées. Il y a aussi une seconde catégorie de prix qui varie entre 40.000 et 45.000 DH pour des chambres doubles ou triples. Les prix augmentent avec la pension, la proximité des Lieux Saints et le standing de l’hôtel. Mais ce cahier des charges n’est pas toujours respecté. Que de pèlerins avaient payé le prix cher pour un hébergement «haut de gamme » pour se retrouver dans des hôtels ou résidences nettement en deça de leur attente. Mis devant le fait accompli d’une arnaque avérée, ils ne peuvent que subir. A cela s’ajoutent les formalités draconiennes imposées par les autorités saoudiennes.
Plusieurs contrats concernant l’hébergement, le transport et la logistique ainsi que ceux concernant les accompagnateurs, doivent être légalisés. La Fédération des Mouttawifines (guides) exerce, elle aussi, une pression en exigeant 15% sur tous les contrats passés avec les hôteliers, les transporteurs ou les traiteurs. Le tout pour faire d’un voyage, censé conduire droit au Paradis, un passage obligé par l’enfer des procédures bureaucratiques et les arnaques de tous genres.

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