Peaufine-moi une image

Les techniques de communication vont-elles faire leur intrusion dans le champ politique marocain ? L’initiative du ministère de l’Intérieur consistant à recourir à deux agences de communication de la place casablancaise pour vulgariser notamment le nouveau mode de scrutin de liste auprès du grand public risque de faire des émules parmi la classe politique marocaine. Celle-ci, exceptée quelques cas comme le PPS et l’USFP qui se sont déjà attaché les services d’agences de communication pour leurs derniers congrès respectifs, est restée généralement à l’écart de cette dynamique. L’expérience de ces partis reste cependant sommaire en ce sens où elle relève plutôt de la gestion moderne d’un événementiel politique limitée dans le temps et dans l’espace.
Mais ces initiatives, quoique isolées, augure d’une volonté d’aller plus loin sur cette voie. Elles sont en effet significatives d’une certaine prise de conscience de la nécessité de communiquer autrement et de l’utilité de soigner son image. Une nouvelle culture qui a ses conditions et qui a surtout besoin de professionnels en la matière. Évidemment, on ne vend pas un homme politique comme on vend un produit cosmétique. Un Jacques Séguéla à la marocaine, il faut le dénicher si tant il existe.
Car la communication politique est d’abord affaire de spécialistes qui connaissent le monde et les acteurs sur lesquels ils ont la charge de “travailler“. Ils doivent aussi connaître avec précision l’environnement sociologique et les destinataires de leurs messages.
Dans un pays où les contrastes sont multiples, la tâche n’est pas facile. Elle est même complexe. Le Marocain, c’est connu, est pluriel. Les profils et les mentalités ne sont pas les mêmes d’une région à une autre. D’où la nécessité de stratégies marketing adaptées en fonction de plusieurs paramètres.
Il y a trois semaines, le Mouvement Populaire, a débattu lors de la réunion de son Bureau politique du projet de recourir aux techniques de communication lors des prochaines élections. Chacun a livré sa vision des choses. Résultat de ce brainstorming : le MP cherche un professionnel capable d’élaborer une stratégie de communication dans la mesure de ses moyens financiers. Elle doit tenir compte de la réalité sociologique du Maroc avec des messages ciblés (surtout en dialecte arabe et en dialectes berbères) pour leurs électeurs aussi bien citadin que rural en fonction des attentes des uns et des autres. Autre demande, une nouvelle identité visuelle qui correspond à la spécificité du mouvement par rapport aux autres composantes de la mouvance populaire et du restant des partis politiques.
“ Nous voudrions construire une image qui dépasse le cliché qui nous colle à la peau : une bande d’enturbannés et de benini ouistes“, explique un cadre du parti. Un autre ajoute : “ ce travail sur nous-mêmes, nous l’avons déjà opéré en 1996 avec Hassan Abouyoub (ambassadeur du Maroc à Paris). Nous comptions déjà à cette époque aborder les législatives de 1997 à grand renfort de techniques communicationnelles. Mais faute de moyens adéquats, le projet a été abandonné. »
Ressentir le besoin de communiquer c’est bien. Lui donner forme selon les normes c’est encore mieux. Le gros du travail doit être entrepris par les partis-politiques eux-mêmes : présenter de vrais programmes politiques clairs et précis et des candidats à la hauteur pour induire un débat au vrai sens du terme et permettre ainsi au citoyen-électeur de faire la différence. En somme, la matière première sur laquelle il convient de bâtir une politique de communication est obligatoire. Faute de quoi, cette politique risque d’être au pis une coquille vide à l’image des commanditaires et au mieux une entreprise qui procède du tape-à-l’oeil.

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