décembre 12, 2017

 

Pourquoi les Arabes sont-ils si nuls?

Pourquoi les Arabes sont-ils si nuls?

Les chiffres sont humiliants. Le monde arabe occupe aujourd’hui l’arrière-cour dans toutes les sciences, humaines exactes et même inexactes. C’est ce qui sort du rapport, rédigé par des chercheurs arabes, en liaison avec le bureau jordanien du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Rendu public dans sa version anglaise (Arab Human Development) le 23 octobre 2003, ce rapport est un document accablant sur le degré d’inaptitude du monde arabe dans le domaine des connaissances et de transmission du savoir. Un petit tour dans le monde des chiffres est éloquent. Les Arabes ne déposent pratiquement plus de brevet scientifique. En clair, ils n’inventent rien. Côté nouvelles technologies, les Arabes aiment trop les grands espaces pour accepter de vivre dans le fameux village planétaire. Ils laissent aux autres le soin de se connecter et de se partager les connaissances. Il existe dans le monde en moyenne 78,3 ordinateurs pour 1000 personnes. Ce rapport n’est que de 18 pour 1000 dans les 22 pays de la Ligue arabe. Et seuls 1,6 % de leur population ont accès à Internet. Les femmes arabes décrochent également un record. Celui du taux d’analphabètes le plus élevé au monde, après l’Afrique subsaharienne. Côté médias, le monde arabe se distingue encore. Ses dirigeants tiennent à préserver le taux le plus faible au monde de journaux, de radios et de télévisions par habitant. Ils ont réussi ! Quant à ce vénérable instrument de connaissance qu’est le livre, les Arabes le respectent trop pour le laisser à la portée de toutes les mains. Ils le tiennent en si grande estime qu’ils ont décidé de le rendre rare. Les livres publiés dans le monde arabe ne représentent que 1,1% de la production mondiale. Et la traduction ? Les Arabes n’ont sans doute pas besoin des autres. Dans leur suffisance, ils ignorent ce qu’est la curiosité. À preuve, il suffit de comparer les 284 millions d’habitants des 22 pays de la Ligue arabe avec les 11 millions habitants d’un petit pays comme la Grèce. Et bien, le petit pays en question traduit cinq fois plus d’ouvrages par an que l’ensemble des pays arabes. En plus, contrairement à l’idée répandue, les pays arabes ne sont pas richissimes. Il existe des individus riches, mais leur richesse ne profite pas au développement de leurs pays. On sera étonné d’apprendre que le PIB des 22 pays est très légèrement supérieur à celui de l’Espagne en fin 1999 (559 milliards de dollars). La part du Maroc dans ce pourcentage est de 34,2 milliards de dollars. Indépendamment des chiffres, les auteurs du rapport montrent du doigt le modèle d’éducation dans le monde arabe. La famille est fondée sur l’autorité parentale qui refuse à l’enfant le droit d’exprimer son désaccord. La famille “entretient des attitudes passives et certaines maladresses dans la prise de décision, et surtout, elle affecte les capacités de questionnement, d’exploration intellectuelle et d’initiative“. L’autorité parentale est vite relayée par les régimes, largement totalitaires, qui étouffent la libre expression. Pour les personnes qui souhaitent continuer ce tour, elles peuvent télécharger la version française du rapport, disponible depuis cette semaine sur Internet (http://www.undp. org/rbas/ahdr/frenchpresskit2003.html). Mais d’emblée, il sera difficile cette fois-ci de crier à la conspiration contre la Oumma arabe. Le rapport est rédigé par une quarantaine de chercheurs arabes, parmi lesquels le philosophe marocain Mohamed Abd El Jabri. Ils ont inscrit en grandes lettres cette phrase à l’orée du texte : “Par des Arabes, à l’intention des Arabes“. Le monde arabe est seul responsable de sa position à l’arrière-garde dans tous les domaines de la connaissance. Y’a-t-il quelque tare congénitale à cela ? Les Arabes sont-ils génétiquement conditionnés pour se tenir à l’écart des pans de la connaissance ? Faut-il désormais avoir honte d’être un Arabe ? Pour répondre à ces interrogations, il faut commencer par démonter les poncifs. Le monde arabe recouvre-t-il une réalité aujourd’hui ? L’unité de la langue et de la religion suffisent-elles pour constituer un bloc homogène ? Il n’existe que des pays en devenir, et ceux qui auront compris que la démocratie, les domaines de la connaissance et de la recherche sont des denrées aussi vitales que le pain qu’on mange pour ne pas crever de faim, quitteront le désert d’un monde fermé au savoir. Quant aux nostalgiques de la grandeur passée de la civilisation arabe, les auteurs du rapport se gardent de leur expliquer ce qui s’est produit. Qu’est-il arrivé à un monde qui été pendant des siècles à l’avant-scène de la civilisation, dominant les arts, la poésie, l’astronomie, l’architecture, les mathématiques, alors que l’Europe pataugeait dans un long Moyen-Age ? L’historien britannique Bernard Lewis a trouvé des éléments de réponse. Dans “What Went Wrong“, traduit en français par “Que s’est-il passé ? : L’Islam, l’Occident et la modernité“, il explique que le “le manque de liberté“ est à la racine de tous les problèmes. Manque de « la liberté de l’esprit, affranchi des contraintes et de l’endoctrinement, la liberté de questionner, de rechercher et de s’exprimer, la liberté de l’économie, hors du champ de la corruption et de l’incompétence, la liberté des femmes, hors de portée de l’oppression des hommes, et la liberté des citoyens, hors de l’emprise de la tyrannie ». Non ! Il n’y a pas de tare congénitale dans le monde arabe, il existe seulement des travers de conduite.

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